VEDIA

La gestion du loup en Italie, comment ça se passe?

 02 juin 2022 18:00  


Depuis 2016, le loup a fait officiellement sa réapparition chez nous et contrairement à ce que l’on entend encore trop régulièrement, il n’a pas été réintroduit. Présent en Pologne et plus récemment en Allemagne, il est revenu naturellement. Mais son retour pose question. Nous nous sommes rendus en Italie et plus particulièrement en Toscane. Là, le loup n’a jamais disparu mais l’accroissement de sa population composée de loups mais aussi d’hybrides inquiète. Pas question pour autant d’abattre l’animal mais un plan national de suivi du loup en Italie est à l’ordre du jour histoire d’y voir plus claire d’autant qu’il n’existe à ce jour aucune donnée relative au nombre de loups ou de meutes dans la péninsule.

Si le loup a fait son retour chez nous il y a 6 ans, il n’a en revanche jamais disparu d’Italie. Certes comme chez nous, il a été chassé, persécuté mais il a réussi à survivre loin du monde des hommes. Reconnu espèce protégée par une loi de 1971, il va dans la péninsule reprendre du poil de la bête et reconquérir au fil du temps les territoires qu’ils avaient dû abandonner.  

Marco Apollonio connaît bien ce grand mammifère. Il le suit depuis près 30 ans et l’étudie plus particulièrement ici en Toscane. "Le loup a toujours été une espèce extrêmement adaptative. La vision que nous avons du loup qui vit dans un environnement à l’écart des hommes, est le produit du fait que cet espèce a été persécutée et donc le loup se comportait comme un "réfugié écologique". Quand cette pression a cessé,  le loup a reconquis tout le territoire qu’il avait occupé jusque dans les années 1800.  Le loup n’est pas un animal qui vit dans un environnement spécifique. Il a juste besoin de deux choses  : de la nourriture et la garantie d’être en sécurité". 

Aujourd’hui, le loup est présent presque partout du sud au nord de l’Italie. Dans certaines zones, le nombre de loups a été multiplié par 10 en 30 ans. Aujourd’hui le pays est confronté au phénomène d’hybridation soit le croisement entre chien et loup, un phénomène qui n’a fait que croître ces dernières années et complique la cohabitation principalement avec les éleveurs comme Bartholoméo Carta qui voit les attaques sur ses troupeaux se multiplier.

"En 2003-2004, on a vu apparaître non plus des individus purs mais des hybrides qui sont ceux qui causent le plus de problèmes. Le loup de race pure n’a pas l’attitude de chasse de l’hybride. Il est plus sensible et il ne s’approche pas des maisons, des étables, des  routes. Il a peur des hommes, tandis que ceux d’aujourd’hui n’ont peur de rien. Ils chassent pour s’amuser et pas pour manger. Ils font de gros massacres et pour manger une seule brebis, ils en tuent trente". 

L’accroissement du nombre de loups,  hybrides y compris, augmente la prédation sur les troupeaux mais aussi sur les animaux domestiques.  Viviana Viviani travaille au sein de la police Provinciale de Pise où elle s’occupe de la protection de la faune. Le loup est une de ses préoccupations majeures. Elle est en lien directe avec le terrain et plus particulièrement avec les éleveurs à qui elle vient en aide.  Si elle croit en une cohabitation harmonieuse possible elle sait aussi que rien n’est gagné.

"Nous aurions aujourd’hui la possibilité de cohabiter parce que nous avons une autre approche du loup et une économie différente par conséquent nous pourrions vivre ensemble. Mais il est évident que le loup représente un danger pour l’homme non pas parce qu’il est agressif envers l’homme mais parce que c’est un animal sauvage par nature. On le voit,  il y a des dommages qui touchent à l’économie et cela fait des dégâts chez ceux pour qui l’activité touchée est essentielle et évidement cela doit être une priorité, il faut qu’il y ait une tutelle, une aide qui encadre cette activité. Aujourd’hui, il y a de nouveaux défis :  la cohabitation et la séparation des chiens pour éviter le problème d’hybridation qui pourrait mettre en péril l’identité génétique du loup et donc, il faut mettre en place des moyens pour intervenir".

Aussi, la question d’autoriser à nouveau l’abattage du loup refait surface. Cependant, pour Marco Apollonio, tuer le loup n’est pas une solution :

"L’ abattage aléatoire de loups peut poser plus de problèmes qu’appporter de réelles solutions.  Le vrai problème est de connaître vraiment en détail la situation de la population des loups et la position des meutes ainsi que leur composition génétique parce qu’il y a des hybrides et des non-hybrides et donc une population qui mérite d’être conservée, protégée et l’autre moins et, à ce moment-là,  on peut agir.  Sans cette phase de connaissance faire la gestion du loup est velléitaire et inutile". 

La présence d’hybrides est un problème dont l’Italie doit se préoccuper au plus vite s’il n’est pas déjà trop tard, au risque de voir la situation se détériorer. Chez nous le problème de l’hybridation ne se pose pas ou peut-être pas encore mais la situation italienne doit nous inviter à la vigilance afin d’asseoir un équilibre et une cohabitation harmonieuse entre le loup et l’homme! (Abi)








Les cookies sont nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de notre site. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies.

J'accepte