Plus de 80 000 pièges ont été distribués en Wallonie pour lutter contre le frelon asiatique ou à pattes jaunes. Objectif : protéger les abeilles, ce qui est louable. Mais pour l’entomologiste Philippe Wegnez, cette stratégie pose question.
Philippe Wegnez est entomologiste et donc passionné par le monde des insectes. Parallèlement, il travaille dans le PES contrôle, soit la lutte contre les organismes nuisibles, autrement dit les guêpes, les fourmis, les cafards, les punaises de lit, les rats et autres frelons, aussi les frelons asiatiques : c’est un peu son fonds de commerce. Pourtant, il n’est pas favorable à leur élimination systématique.
Ils ne posent absolument aucun problème du point de vue de la sécurité publique, explique Philippe Wegnez, tant qu'on ne va pas taper dans le nid, il n'y a pas de risque, sauf accident. Bah oui, pour gagner de l'argent, mais ce n'est pas le but non plus, et mettre des insecticides partout parfois pour rien, puisque le frelon, tout comme les guêpes, sont des insecticides naturels, il n'y a donc pas de raison de lutter contre.
Une campagne de piégeage massif : une fausse bonne idée ?
Depuis la mi-février, une campagne pour le piégeage massif du frelon à pattes jaunes bat son plein. Plus de 80 000 pièges ont été distribués dans le but de tuer les reines fondatrices. Cette action d’aide aux apiculteurs s’inscrit dans le cadre d’un plan wallon soutenu par un budget d’un million d’euros. Dans les pièges, on trouve un peu de tout et pas toujours des frelons.
Dans ce piège, on vient de voir sortir une reine de guêpe. Contrairement à l'autre côté, elle a réussi à sortir, mais il y a énormément d'insectes morts et dont la plupart sont des abeilles domestiques. Donc on les voit, elles sont toutes collées là dans le fond, probablement à cause du sucre. Une fois qu'un insecte s'engouffre dedans, que ce soit une abeille ou autre chose, les ailes restent collées et probablement que la nuit, avec le gel, elles sont mortes dedans à cause du gel. Mais, pas de frelon !
Une méthode jugée inefficace par de nombreux scientifiques
S’il est vital de préserver les abeilles, le piégeage massif prôné aujourd’hui est pour notre entomologiste disproportionné, inefficace, voire contre-productif.
Pour moi, plutôt que de piéger, il faut juste faire intervenir le citoyen pour repérer les nids primaires et les détruire. Alors, quelle que soit la méthode, ça c'est encore un autre problème. Mais le piégeage ne servira absolument à rien pour lutter contre la population de frelons asiatiques. Et ce qu'il faut surtout faire, je pense, c'est vraiment protéger les ruches.
Dans ce contexte de lutte intensive contre le frelon asiatique, une idée reçue persiste largement : une reine fondatrice capturée au printemps équivaut à un nid en moins, soit des milliers de frelons qui ne verront pas le jour et donc des milliers d’abeilles sauvées. Mais ce n’est pas si simple. Toutes les reines capturées ne sont pas des fondatrices et toutes les reines potentiellement fondatrices n’arriveront pas à créer leur colonie.
Il y a de grosses pertes au niveau des reines de frelons parce qu'elles ne passent pas toutes l'hiver. Après, il y a de la compétition entre les reines elles-mêmes. Donc ça élimine encore une grosse partie, et ce qui est le plus dommageable pour tous les vespidés en général, c'est le climat. Avec les 10 jours de froid qu'on vient de connaître et de pluie, ce sera probablement au moins les 50 % de la population qui sera éliminée.
Des dégâts collatéraux sur la biodiversité
Pour un frelon asiatique piégé, combien d’autres insectes tués ? Des dommages collatéraux loin d’être anecdotiques.
L'impact va être vraiment négatif sur notre entomofaune. Alors qu'on met ces pièges soi-disant pour protéger la biodiversité, mais ça n'a pas de sens. Je pense qu'on cherche juste à protéger la production de miel, c'est tout. Et là alors, c'est la biodiversité qui en paie le prix fort.
Une menace parmi d’autres pour les abeilles
Rappelons que l’abeille domestique est le fruit d’un brassage génétique à des fins de productivité. Certes, le frelon à pattes jaunes est responsable de la destruction d’un pourcentage de colonies, mais il est surtout un facteur d’affaiblissement parmi d’autres, à l’instar des pesticides, des maladies, des acariens varroa ou encore des monocultures. Et pendant que l’on tente d’éradiquer ce frelon venu d’ailleurs au nom d’une biodiversité déjà fragilisée, des champs brûlés à coup de produits phytosanitaires s’étendent encore sur le plateau de Herve, dans une indifférence quasi générale. Ah, si le frelon se nourrissait seulement de moustiques, sa destinée serait tout autre !
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