Le Service public de Wallonie publie une nouvelle liste rouge des plantes vasculaires indigènes. Un état des lieux préoccupant : plus de 40 % des espèces sont aujourd’hui menacées. Toutefois certaines se portent mieux !
Cela fait plusieurs décennies que Philippe Francard travaille au département de l’Étude du milieu naturel et agricole du Service public de Wallonie. Installé au cœur de la station scientifique des Hautes Fagnes, ce botaniste de formation fait partie des scientifiques à l’origine de la nouvelle liste rouge de la flore wallonne.
Pour établir cet inventaire, il a fallu répertorier et identifier l’ensemble des plantes vasculaires indigènes présentes un jour sur le territoire wallon.
Ce sont toutes les plantes à fleurs, y compris les conifères. On a aussi traité toutes les fougères dans la même liste. Les espèces indigènes sont celles qui sont arrivées naturellement sur notre territoire, de leur propre chef, explique Philippe Francard.
Plus de 500 espèces menacées
Au total, 1.284 espèces indigènes ont été inventoriées. Parmi elles, 521 figurent aujourd’hui sur la liste rouge en tant qu’espèces menacées. Autrement dit, plus de 40 % des espèces indigènes sont menacées et 7,5 % des espèces indigènes ont disparu. Malgré ce constat alarmant, les chercheurs observent également certains signaux positifs.
On a été surpris. Dans presque tous les habitats, il y a une amélioration. Il y a quelques habitats où la situation stagne, mais aucun habitat où la situation est pire qu’au début des années 2000, précise Philippe Francard.
Un travail colossal basé sur 4,5 millions de données
Cet inventaire était en préparation depuis plusieurs années. Une dizaine de personnes du Service public de Wallonie ont participé à ce travail de longue haleine, en parallèle de leurs missions quotidiennes. Les scientifiques ont analysé l’ensemble des données botaniques disponibles, soit près de 4,5 millions de relevés.
Certaines données sont anciennes, d’autres beaucoup plus récentes. Les anciennes proviennent généralement de professionnels ou de naturalistes avertis. Mais de plus en plus, nous recevons des données de monsieur et madame Tout-le-Monde grâce aux systèmes d’encodage en ligne, notamment observation.be. Avant d’être intégrées à l’inventaire, ces observations doivent toutefois être validées afin de garantir leur fiabilité scientifique, précise Philippe Francard.
Les tourbières restent particulièrement fragiles
Sur le plateau fagnard, Philippe Francard s’est plus particulièrement intéressé aux espèces végétales liées aux tourbières et aux landes tourbeuses. Certaines plantes emblématiques comme l’andromède, la camarine noire ou encore la canneberge restent fortement menacées en raison de la fragilité de leur habitat, soumis aux pressions humaines et aux effets des changements climatiques. Il rappelle toutefois que les efforts de restauration entrepris depuis plusieurs décennies portent leurs fruits.
Ce n’est pas la première liste rouge que l’on dresse. Une première avait déjà été réalisée au début des années 2000. Et lorsqu’on compare les données, on constate pour certaines espèces de tourbière une amélioration liée aux actions de restauration des habitats menées depuis une trentaine d’années.
Un outil scientifique qui demande d'agir
Cette liste rouge devra être actualisée environ tous les quinze ans afin de suivre l’évolution de l’état de conservation de la flore wallonne. Pour les scientifiques, cet inventaire constitue avant tout un véritable bulletin de santé des espèces végétales à un moment donné.
Une liste rouge sert aussi à alerter les décideurs et les gestionnaires afin qu’ils puissent prendre les décisions nécessaires en matière de conservation de la nature et mettre au point des stratégies d’action pour préserver les espèces, conclut Philippe Francard.
Reste désormais à savoir quels moyens seront concrètement mis en œuvre pour que cette liste rouge débouche sur des actions concrètes et ne reste pas lettre morte.
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