Chez nous comme ailleurs, les prix du carburant flambent depuis 3 mois. L'énergie est aussi au centre de l'actualité avec l'annonce de l’Etat belge d'étudier la possibilité de racheter et donc de « nationaliser » les activités nucléaires d’Engie.
"La plus grande crise énergétique de l'histoire", ce sont les propos du directeur de l'Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol. Un avis partagé par notre invité de Contrechamps, Damien Ernst, professeur à ULiège et spécialiste de l'énergie.
Le détroit d’Ormuz est toujours bloqué par l’Iran, un détroit où transite habituellement un cinquième de la production mondiale de pétrole. "On n'a pas encore de rupture d'approvisionnement maintenant car on va puiser dans nos réserves", souligne Damien Ernst. Si aucune solution n'est trouvée, les prix du carburant à la pompe pourraient dépasser 3 euros, selon le Plombimontois.
La Belgique est dépendante à 80 % des combustibles fossiles étrangers (gaz, pétrole), ce qui nous rend trop vulnérables.
"Il aurait fallu en 2022 se dire : "Plus de dépendance aux énergies fossiles" et attaquer de front toutes les solutions pour y arriver : le développement du renouvelable plus agressif, le développement du nucléaire plus agressif et aussi exploiter les ressources fossiles en Europe pour arrêter d'avoir cette dépendance-là".
Pas de possibilité de se connecter au réseau électrique : "Presque à mourir de rire"
Autre problème : notre réseau électrique arrive à saturation. "800 entreprises qui aimeraient avoir plus de connexions ou se connecter au réseau rien qu'en Wallonie et elles n'ont pas de puissance nécessaire pour se connecter, ça c'est un problème qu'on voyait arriver il y a 10-15 ans, il y a eu un manque d'anticipation qui n'est pas dû aux gestionnaires de réseau qui eux, tirent la sonnette d'alarme (...) Le monde politique, le régulateur ont été frileux : "Non, non, plus d'investissement, cela va coûter trop cher et maintenant, on se retrouve avec un goulot d'étranglement terrible au niveau du réseau électrique", soutient le professeur d'ULiège. Vous avez aujourd'hui des zonings industriels équipés où des entreprises veulent s'installer et ils ne savent pas parce qu'ils n'ont pas d'électricité. Il y a des cas encore plus ubuesques: une personne a lancé des terrains de padel. On l'a obligé pour avoir son permis à mettre des bornes électriques sur son parking. Maintenant, il veut se connecter au réseau et il n'a pas de connexion au réseau. C'est presque à mourir de rire. C'est là que vous vous rendez compte qu'on est dans le pays de Magritte".
Nationaliser le nucléaire : une bonne idée ?
La reprise par l’État belge des activités nucléaires d’Engie est à l'étude. L'État belge doit se décider pour le 1ᵉʳ octobre. L'idée est de reprendre les 7 centrales existantes, la gestion des déchets, le démantèlement, mais aussi toute une filière (ingénieurs, techniciens, bureaux d’études…) liée. "C'est le bon choix. Ils ont mis un peu de temps pour réaliser que c'était le bon choix, d'autant plus que c'est un gouvernement libéral et que nationaliser quelque chose, ce n'est pas leur truc. D'habitude, ils font confiance au secteur privé. Mais, ils ont fait le bon choix. Ils ont compris que foncièrement, le nucléaire, c'est une énergie d'État. Ils vont nationaliser et repartir de là pour redévelopper la filière nucléaire. C'est pas gagné. C'est difficile à faire".
Sur le même sujet
Recommandations
" Les réformes ne visent pas à punir, mais à préserver notre sécurité sociale "
Prime énergétique refusée à Baelen : 300 € qui cristallisent un vrai bras de fer politique