En 2022, Stoumont décidait d'interdire le nourrissage artificiel sur l'ensemble de son territoire. Après un recours en suspension et annulation introduit par des associations de chasseurs, le Conseil d’État a donné raison au pouvoir communal !
Depuis de nombreuses années, Stoumont compte un nombre trop élevé de cervidés et de sangliers sur son territoire. Cette surdensité provoque de multiples dégâts sur les écosystèmes. Les cervidés se nourrissent d’herbe, de bourgeons, de jeunes feuilles ou encore d’écorces. Présents en trop grand nombre, ils ralentissent, voire empêchent la régénération naturelle de la forêt. Conséquence, en 2021, la commune perdait sa certification de gestion durable de son patrimoine forestier.
Le nourrissage artificiel dans le viseur
Le nourrissage artificiel encore pratiqué par certains titulaires du Droit de Chasse est alors pointé du doigt comme une des causes majeures de cette surdensité, comme l’explique Catherine Barvaux, cheffe du cantonnement d’Aywaille au Département de la Nature et des Forêts (DNF) :
Cette pratique favorise la problématique en regroupant artificiellement le gibier dans des endroits précis, ce qui entraîne des risques sanitaires de transmission de maladies et impacte localement la régénération forestière. De plus, en hiver, le nourrissage permet aux animaux les plus faibles ou malades de survivre, maintenant ainsi des densités artificiellement élevées.
Une interdiction confirmée malgré les recours
Pour tendre vers un retour à l’équilibre faune/flore, Stoumont adopte en 2022 un règlement qui interdit le nourrissage artificiel toute l’année sur le territoire communal au grand dam de certains chasseurs. S’ensuit une bataille juridique. Une demande de suspension et d’annulation de cette décision est introduite au Conseil d’État par le Conseil cynégétique Spa-Stavelot-Stoumont et le Royal Saint-Hubert Club, mais leur requête sera finalement rejetée. Les chasseurs sont déboutés et l’interdiction du nourrissage artificiel supplétif et dissuasif maintenue sur l’ensemble du territoire. La nuance est importante, comme le souligne Philippe Goffin, échevin de l’Environnement à Stoumont :
Ce qui est nouveau, c'est que cette interdiction s'applique non seulement aux propriétés communales, mais également aux propriétés privées. Sur les 6 500 hectares de forêt de la commune, 5 000 hectares sont en effet privés. Donc l'utilité de l'interdire sur TOUT le territoire. C'est déjà bien de le faire au niveau d'une commune, mais pour que cette décision ait du sens, il faudrait qu'elle soit prise au niveau de la région wallonne.
Des contrôles confiés au DNF
Interdire le nourrissage sur l’ensemble du territoire communal est une chose, faut-il encore veiller à l’application de cette mesure, une mission qui revient aux agents du Département de la Nature et des Forêts… une de plus…
La surveillance de ce règlement incombe aux agents du Département de la Nature et des Forêts - précise encore Catherine Barvaux. Le DNF exerce un double rôle de gestionnaire et de police, ce qui lui permet d’organiser des contrôles aléatoires tant dans les forêts publiques que privées pour rechercher d’éventuelles infractions dans le cadre de ce règlement communal.
Jalhay connaît également un problème de surdensité, mais interdire le nourrissage sur tout son territoire n’est pas à l’ordre du jour comme l'explique Marc Ancion, échevin de l’Environnement et des Forêts à Jalhay :
Le nourrissage est interdit dans les chasses communales, mais dans les chasses privées, pas pour l'instant. Nous n'avons pas les moyens au niveau de la commune de faire respecter un tel règlement. On essaye de faire pression sur le conseil cynégétique pour que les plans de tir soient respectés avec le soutien du DNF. Les abroutissements sont beaucoup moins intenses que par le passé, mais ils sont toujours là. Il y en a toujours trop, mais ça va mieux ! Aussi, nous allons maintenir la pression, notamment lors de la prochaine location de chasse prévue en 2027.
Vers une évolution des pratiques de chasse ?
Cette mesure est encore loin de faire boule de neige. Pour être réellement efficace et durable, son application devrait être étendue à une échelle plus large, ce qui impliquerait une adaptation de la législation wallonne. Si la chasse reste considérée comme un outil nécessaire de régulation, de nombreuses voix plaident aujourd’hui pour une évolution des pratiques : une chasse moins conservatrice, plus éthique, et fondée sur un véritable dialogue entre tous les acteurs de la forêt.
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