4 ans, jour pour jour, après le début de l’invasion russe en Ukraine, le 24 février 2022, nous sommes allés à la rencontre d’une famille ukrainienne qui a tout quitté pour se réfugier en Belgique, dans notre région.
Il y a quatre ans, elle fuyait la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, c’est à Verviers que Liudmyla Diachuk reconstruit sa vie avec son fils. Le sentiment qui domine, dit-elle, c’est « la gratitude ». « Je suis très reconnaissante d’être en sécurité avec mon fils en Belgique. Mais au fond de moi, il y a une inquiétude permanente pour mes parents, mes amis, mes proches en Ukraine. »
« Toute notre vie a basculé »
Le 24 février 2022, à 4h30 du matin, Liudmyla se trouve dans son appartement à Kiev. « Nous avons été réveillés par de grandes explosions. On a eu la sensation que toute notre vie basculait à ce moment-là. » Pendant plusieurs nuits, elle trouve refuge dans un abri souterrain. « Il faisait très froid. C’était effrayant. »
La décision de fuir survient lorsque les chars entrent dans son quartier et que des bâtiments sont détruits près de chez elle: «J’ai compris que je devais partir pour protéger mon fils. »
Elle laisse derrière elle son appartement, son travail, « toute sa vie précédente, ses souvenirs ». Ce qui lui manque le plus aujourd’hui ? « La présence de ma famille et mon pays. »
L’exil et l’incertitude
Après de longues heures d’attente à la frontière, elle rejoint la Pologne avec son fils, alors âgé de 12 ans. Grâce à une connaissance de longue date, ils arrivent finalement en région verviétoise. Mais l’arrivée en Belgique ne dissipe pas immédiatement les angoisses. « Le moment le plus difficile, c’était l’incertitude. Nous ne savions pas combien de temps nous allions rester ni comment reconstruire notre vie ici. »
Professeure de français et d’anglais à l’université de Kiev, la langue n’est pas un obstacle. Il faut pourtant tout rebâtir : trouver un emploi, un logement, rassurer son fils, recréer une stabilité. Et la peur reste. « Je me réveille avec une angoisse et je regarde mon téléphone pour vérifier la situation en Ukraine. Les attaques continuent. La population vit sous une pression constante. Cet hiver est très dur : beaucoup de maisons n’ont plus de chauffage ni d’électricité à cause des infrastructures endommagées. »
« Rentrer dans une Ukraine libre et en paix »
« J’aimerais rentrer dans une Ukraine libre et en paix. C’est mon plus grand désir. Mais aujourd’hui, je préfère ne pas faire de plans et vivre le présent. »
Quatre ans après le début de l’invasion russe en Ukraine, Liudmyla avance entre deux langues, deux patries. « Son cœur ne choisit pas, il relie. » Elle vient d’obtenir une bourse de post-doctorat à l’Université de Mons. Son projet, au titre évocateur — « La voix de l’Ukraine en Europe » — est consacré à l’écrivaine et traductrice Marko Vovtchok. Une voix d’exil qu’elle étudie. Une voix qu’elle transmet désormais ici, en Belgique. « Malgré la situation, la vie continue. C’est très important d’aller de l’avant et de se développer. »
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