A Aubel, c'est une première : une rue porte désormais un nom de femme, celui de Maria Barbay. En Wallonie, ces noms de femmes restent minoritaires. Or, donner un nom à une rue est loin d'être anodin.
En Wallonie, les noms de rue racontent encore une histoire très masculine.
Comme à Aubel autrefois, dans 59 communes , aucune rue ne met à l'honneur une femme, d'après un recensement de nos confrères du Vif l'Express l'an passé.
Globalement, on compte environ 10 rues portant le nom d'un homme pour 1 seule rue dédiée à une femme.
Un déséquilibre qui ne se limite pas aux chiffres. Des travaux montrent que les voiries féminines sont souvent moins centrales, moins visibles.
Verviers: 26% des rues portent le nom d'un homme, 2,5% celui d'une femme
Prenons l'exemple de Verviers. Sur 629 rues, 26 % portent le nom d’un homme… contre à peine 2,5 % celui d’une femme. À Spa, la proportion dépasse à peine les 3 % (3,5%)
Et comme ailleurs, en Wallonie, quand les femmes sont présentes, ce sont souvent des reines, des princesses ou des saintes.
Pourquoi est-ce important ? Parce qu'un nom de rue, cela ne sert pas seulement à s'orienter, c'est aussi un message : qui mérite d'être vu, retenu, transmis dans la mémoire collective.
Quand l'espace public honore surtout des hommes, cela peut renforcer l’idée implicite que les hommes comptent davantage dans l’histoire, ont davantage de légitimité.
Les choses évoluent... lentement
Mais les choses commencent à évoluer. À Verviers, la Ville a lancé une politique pour féminiser ses noms de voiries. Une manière de remettre en lumière des Verviétoises et leurs contributions aux sciences, à la culture, à la politique ou à la société. De nouvelles rues portent ainsi les noms de Berthe Labille et de Marie Mineur, 2 militantes féministes.
À Spa, les citoyens ont été invités à proposer des figures féminines pour baptiser de nouveaux espaces.
Au total, une rue sur quatre portant un nom de femme a été créée ces dix dernières années. Preuve d'un rattrapage... encore lent. La création de nouvelles voiries est rare tout comme le fait de renommer une rue existante, pour éviter de perturber ses habitants...
Ajouter un prénom féminin à un nom de rue existant?
Alors certaines idées émergent, comme celle de l'historien Freddy Joris : ajouter des prénoms féminins à des noms déjà en place. Par exemple, celui de la première femme chef d'entreprise belge, Marie-Anne, à la rue Biolley. On aurait la rue Octavie Masson, la rue Anne Peltzer de Clermont ou le square Marie Mali.
Féminiser les noms de rue ne suffira pas à corriger les inégalités, mais c'est un levier concret, peu coûteux, visible et durable. Parce qu’une plaque de rue, on la voit tous les jours… sans toujours la remarquer. Et c'est justement là sa force : changer nos regards sur qui compte dans l'histoire et contribuer à rendre la ville plus inclusive.
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