C’est un dossier absolument surréaliste qui a abouti devant le tribunal correctionnel, dix ans ( !) après qu’une fille de 14 ans a accusé son père de lui avoir touché les seins ! Il ne risque cependant pas grand-chose, sinon l’acquittement !
C’est le genre de dossier que nous n’aurions même pas abordé s’il n’y avait pas eu cet incroyable délai, dix ans, pour être examiné par un tribunal pour des faits somme toute assez légers, et qui ont suscité de longs débats.
Simon (prénom d’emprunt) est accusé par sa fille Carole (idem) , 14 ans à l’époque, de lui avoir tripoté sa poitrine un soir de 2016 ! Ce que le père réfute fermement : « Je n’ai fait par jeu que la chatouiller au niveau du ventre, rien de plus » Dès lors, pourquoi accuserait-elle ce père dont elle était l’enfant préférée ? « Parce qu’on s’était brouillé après que je m’opposais à un changement d’école et au fait que sa mère en demandait la garde totale » explique-t-il.
Car c’est la mère qui a porté plainte… 3 mois plus tard, et qui a de ce fait obtenu la garde et le changement d’école, où Carole se disait harcelée.
Idées suicidaires
La partie civile sort alors l’artillerie lourde en décrivant un père autoritaire, buveur et festif, qui ne s’intéressait pas beaucoup à ses enfants, traitant même sa fille d’asociale. Pour elle, le seul fait de chatouiller le ventre est déjà un acte constitutif d’atteinte à l’intégrité sexuelle de quelqu’un. Mais surtout, il y a les conséquences graves pour la victime : idées suicidaires, avec une tentative à la clef, dépression, état qualifié de détresse et de grande souffrance, avec même automutilation, au point qu’elle a dû être hospitalisée pendant trois mois au Petit Bourgogne. Les cinq médecins qui se sont occupés d’elle disent tous que ce sont là les symptômes typiques d’une agression sexuelle et personne ne met en doute sa crédibilité, plaide l’avocat qui réclame la bagatelle de 50.000 euros !
La prudence est de mise
Mais pour Mme Elodie Herman , ministère public, il s’agit de rester prudent dans ce dossier, qui a fait l’objet d’un non-lieu en 2018. Et ce n’est que 4 ans plus tard que plainte avec constitution de partie civile est déposée par Carole, qui explique ce long délai par le fait qu’elle ne savait pas qu’existait cette possibilité. Mais même s’il existe des éléments troublants comme le fait qu’elle maintienne ses accusations alors qu’elle a maintenant 23 ans, est en couple, a un enfant, il y a aussi cette expertise de Simon qui n’a décelé aucune tendance pédophilique. « On ne peut non plus passer sous silence que Carole était fragilisée par le harcèlement scolaire dont elle était l’objet au point de vouloir changer d’école et qu’elle en voulait à son père de s’y opposer. Ni non plus tenir compte de son profil dépressif et de détresse affective. Et puis il y a cette petite phrase dans la déposition de Carole à la police selon laquelle son père « allait » vers ses seins, ce qui n’est pas les toucher . Pour elle, il ne peut qu’y avoir un doute non négligeable, et donc un acquittement.
Loin d'être un prédateur sexuel
Un acquittement qu’il est clair pour l’avocat de Simon Me Jean-Charles Garot doit s’imposer pour son client qui est loin d’être un prédateur sexuel. Il y voit une volonté de la mère de Carole afin d’avoir la garde de sa fille, ce qu’elle a obtenu d’ailleurs. Et celle-ci n’a-t-elle pas aussi accusé Simon d’avoir frappé son fils, sans aucune preuve au point que la police n’y a pas donné suite. Il évoque aussi le discours assez variable dans les dépositions de Carole. Il rejette également le lien causal qui pourrait y avoir dans l’état dépressif de Carole. « Cette affaire a causé une véritable fracture dans la famille, Simon étant soutenu par sa famille présente, tandis qu’il n’y a personne du côté de Carole. » souligne-t-il
Le dernier mot revient au prévenu qui veut que cette affaire qui lui pèse depuis dix ans se termine. « J’en ai pleuré quasi tous les jours pendant deux ans ». Jugement dans le courant d’avril.
Sur le même sujet
Recommandations
3 ans de prison dont un ferme pour atteinte à l’intégrité sexuelle de sa belle-fille
2 ans de prison, avec sursis probatoire, pour la diffusion d’images pédopornographiques
Il risquait 5 ans de prison mais écope de 2 ans pour l’enlèvement brutal de sa fille