Les enseignants ne décolèrent pas. Ils étaient plus de 10.000 à défiler dans les rues de Namur ce jeudi 13 octobre. Une manifestation en front commun. C’est la quatrième du monde enseignant en moins d’un an. Les revendications? Trop d’élèves par classe, trop de travail administratif, des craintes par rapport aux pertes d’emploi liées à la refonte de l’enseignement qualifiant mais aussi par rapport au processus d’évaluation des enseignants. Chez nous, le mouvement gagne du terrain. Notamment dans l’enseignement fondamental. Certaines écoles étaient vides de professeurs, mais des garderies étaient assurées pour les élèves. Nous avons tendu le micro aux enseignants de notre région qui revenaient de la manifestation à Namur.
"On doit tout mettre sur papier, se justifier sans cesse"
"J’ai énormément de collègues hyper motivées qui adorent leur job, tout comme moi, et ils pensent à arrêter l’enseignement tellement cela devient compliqué, explique Maëlle Wathlet, institutrice primaire à l’école communale d’Ensival. Dans l’enseignement, on parle toujours de gens qui ne travaillent pas énormément et quand on nous côtoie, on se rend compte que si. Tous nos temps de midi sont pris pour ces réunions (NDLR: sur le plan de pilotage) et au final, on pense que cela ne sert à rien. Par exemple, on nous demande beaucoup de différentiation, mais ce sont des choses qu’on fait tous les jours, depuis toujours. Par contre, on doit mettre tout sur papier, se justifier... C’est un manque de confiance".
"Si l’enseignement ne va pas, ce n’est pas à cause des enseignants"
"Ce qui me dérange le plus dans l’attitude des politiques, c’est de renvoyer le problème aux enseignants. Si l’enseignement ne va pas, c’est à cause des enseignants, indique Fabrice Renard, prof à l’Institut Don Bosco de Verviers. Le problème, il n’est pas là. On est tous dans nos classes à faire du mieux qu’on peut. Le problème, c’est le politique qui ne nous écoute pas".
"Il n’y a pas de logique si ce n’est de faire des économies sur le dos des élèves"
"Beaucoup de mes collègues risquent de perdre leurs emplois dans un avenir assez proche, explique Nathalie Kalinewski, enseignante à l’Institut Sainte-Claire de Verviers. Le pacte d’excellence pose problème. Le tronc commun, c’est une bonne chose en théorie, mais c’est autre chose en pratique. On décide, par exemple, de rationaliser le qualifiant, de changer le parcours du qualifiant dès l’année prochaine alors que les élèves n’ont pas encore terminé leur tronc commun. Il n’y a pas de logique si ce n’est de faire parfois des économies sur le dos des élèves et des enseignants".
"Nos élèves ne sont pas des produits, mais des personnes"
"Tout ce qui est mis sur la table ne va pas nous aider nous et nos élèves, soutient Isabelle Charlier, enseignante à l’Institut Saint-Joseph de Welkenraedt. Il faut arrêter de considérer qu’on gère une école comme une entreprise. Nos élèves, ce ne sont pas des produits, ce sont des personnes".
(Aurélie Michel)
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