Livrée en 1938 au directeur du Casino de Namur, la Talbot-Lago « Goutte d’Eau » a trouvé un nouveau propriétaire à Rétromobile. Chef-d’œuvre de Figoni & Falaschi, cette icône Art déco continue de faire rêver les collectionneurs.
Aux plus jeunes d’entre nous, la marque Talbot n’évoque plus grand-chose à part, peut-être, le petit cabriolet Samba disparu il y a 30 ans. Pourtant l’histoire de Talbot est bien plus glorieuse et se sera écrite durant 90 longues années. Tantôt anglaise, tantôt française, la marque construit son plus beau modèle en 1936 sous l’appellation Talbot Lago. Une de ces rares voitures était à l’affiche de la vente aux enchères de Rétromobile et avait un vrai accent wallon. « Elle est sortie des ateliers de Figoni & Falaschi juste avant la guerre. Elle a été livrée neuve au directeur du Casino de Namur qui l’a ensuite exposée dans les plus beaux concours comme Bruxelles et Deauville. On perd ensuite sa trace pendant la guerre mais elle est réapparue en 1946 avant d’être vendue en 1961 à un certain monsieur Falise, lui aussi belge. L’histoire nous emmène ensuite vers les Etats-Unis », raconte Oliver Camelin, Directeur Général Europe de Gooding Christie’s.
La « Goutte d’eau », une icône de l’avant-guerre français
Et c’est en Amérique précisément que cette Talbot Lago livrée d’origine en noir deviendra grise. Mais au-delà de sa couleur, c’est surtout la conception de cette voiture d’avant-guerre qui est marquante. « A l’époque, on commandait des voitures chez un fabricant automobile. En l’occurrence ici Talbot-Lago, ce qui était déjà exceptionnel ! Pour les personnes les plus persévérantes dans la quête de l’exception, on trouvait des gens qui allaient vers des carrossiers exceptionnels comme Figoni & Falaschi qui dessinaient, sculptaient une voiture. Celle-ci, on dirait qu’elle a été sculptée par le vent. Elle est fluide, elle n’a aucune arête. On a l’impression qu’elle est en mouvement alors qu’elle est à l’arrêt. C’est pour ça qu’elle a été surnommée Goutte d’eau et qu’elle a remporté ce succès en étant considérée comme l’une des plus grandes voitures de l’avant-guerre française ».
Un chef-d’œuvre rarissime au prix record
Sous le capot, un robuste 6 cylindres en ligne de 4 litres développant 140 chevaux grâce à 3 carburateurs. Ce moteur s’est rapidement montré redoutable dans les courses automobiles. Et c’est une boîte de vitesse innovante, Wilson, à présélecteur qui assure une transmission de pointe fluide.
Très peu de Talbot Lago T150 C coupé carrossées par Figoni et Falaschi ont été construites. Une douzaine tout au plus dont 2 ou 3 seulement sont encore répertoriées à ce jour. A l’époque, ce modèle, incarnation de l’esprit artistique français était clairement destiné aux élites. La Talbot rivalisait en effet avec la Bugatti Type 57 ou l’Alfa Roméo 8 C. Ce prestige et cette rareté expliquait les fortes attentes des organisateurs de la vente. « C’est délicat de lui mettre une valeur. Nous l’avons estimée à 6,5 ou 6,7 millions d’euros selon nos estimations. Nous sommes très impatients de voir le résultat qu’elle fera lors de notre vente demain après-midi », explique Oliver Camelin.
Et Gooding Christies ne se sera pas trompé. La merveilleuse Talbot Lago Goutte d’eau, passée par Namur, qui n’avait plus été montrée au public depuis 10 ans, aura été adjugée au prix exceptionnel de 6 millions d’Euros hors frais, soit plus de 6 millions et demi, un record dans une vente qui aura atteint les 50 millions d’euros d’adjudications.
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