Piquets devant les écoles. Manifestations. Examens annulés. Le mouvement de grève se poursuit dans l'enseignement. Des grèves qui en rappellent d'autres, comme celles de 1990. Le Disonais Yvan Ylieff était alors ministre de l'Education, il se souvient.
Depuis le mois de mai 1990, la colère gronde dans les écoles. Les enseignants réclament les même avantages que les autres agents de la fonction publique. Une meilleure qualité de l'enseignement aussi. L'ancien bourgmestre disonais Yvan Ylieff est alors ministre de l'Education: « La grève actuelle est tout aussi fondée selon moi et elle est bien suivie. Mais en 1990, c'était vraiment massif. On allait dans les écoles et il n'y avait plus personne : ni élèves, ni enseignants, pendant des semaines et des semaines. »
Des milliers de manifestants à son domicile
Parmi les épisodes les plus marquants de cette mobilisation figure une manifestation organisée devant son domicile à Andrimont.
Des enseignants venus de Bruxelles et d'autres régions de Wallonie rejoignent alors Verviers en train avant de gravir à pied les trois kilomètres menant jusqu'à sa maison. « Il faisait très chaud et ils sont arrivés remontés », se rappelle Yvan Ylieff. « D'autant qu'il y avait plusieurs dizaines de gendarmes sur place avec une autopompe. » Son épouse est seule, cadenassée à l'intérieure. Lui, est au Parlement à Bruxelles: « J'étais en train de de répondre à des interpellations des libéraux qui disaient que c'était tout à fait invraisemblable d'avoir de tels comportements avec les enseignants, de ne pas leur accorder ce qu'il demande et cetera. Donc je leur rappelle gentiment aujourd'hui qu'ils devraient relire le discours de leur prédécesseurs d'il y a 30 ans ».
Des cartes postales des enseignants
Et l'été ne calme pas la contestation. « On avait espéré qu'à la rentrée scolaire les choses s'apaisent, mais ce n'est pas du tout ce qui s'est passé », raconte-t-il. « J'ai reçu des centaines de cartes postales d'enseignants en vacances qui me disaient : "On ne t'oublie pas", "On reviendra"... »
« Nous nous sommes trompés »
« C'était un exercice démocratique exemplaire pour un pays comme le nôtre. » Plus de trente ans après les événements, Yvan Ylieff porte un regard critique sur les choix politiques de l'époque, notamment la communautarisation de l'Enseignement. « On se rend compte aujourd'hui que ceux qui se sont trompés, ce sont les politiques de l'époque, dont moi. Les partis francophones pensaient que cette réforme allait permettre de financer correctement l'enseignement. On s'est aperçu très rapidement que c'était tout le contraire. »
L'enseignement reste « notre avenir »
Aujourd'hui, s'il devait reprendre ce ministère en charge de quelques 125.000 travailleurs et du plus gros budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il tenterait de... « Trouver un accord avec les enseignants et surtout de convaincre la majorité flamande de financer davantage l'enseignement et la recherche, que ce soit en Flandre ou en Fédération Wallonie-Bruxelles. L'enseignement, c'est notre avenir. »
"Pas beaucoup
En janvier 1992, Elio Di Rupo reprend les rênes de ce portefeuille technique et singulier. Yvan Ylieff est envoyé au fédéral. "Philippe Busquin m'a dit : "C'est toi qui seras ministre de la Politique scientifique, qu'est-ce que tu en penses ?" J'ai répondu : "Ouf, il n'y a pas beaucoup de cosmonautes, donc ils ne seront pas tous syndiqués." »
Une boutade qui témoigne encore aujourd'hui de l'intensité de ces années passées à la tête de l'enseignement francophone.
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