À Amblève, une entreprise s’est lancé un défi fou : faire renaître la mythique Ferrari 250 GTO. Une réplique fidèle, pensée pour reprendre la route et faire revivre l’esprit des gentlemen drivers des années 60. Une légende qui respire à nouveau.
Trente-six exemplaires dans le monde. À peine. Et pour certains modèles, une valeur qui approche les 70 millions d’euros. La Ferrari 250 GTO est devenue bien plus qu’une voiture. C’est un symbole absolu des années 60, une pièce d’histoire automobile dont la rareté et la cote l’ont progressivement rendue presque intouchable. On l’expose, on l’admire, mais on hésite à la faire rouler.
Alors comment continuer à faire vivre cette légende sans risquer de l’abîmer ? À Amblève, dans ce petit village germanophone, la société AVD Revival a décidé de relever le défi. Recréer la 250 GTO, avec le plus grand respect pour l’originale, mais avec l’idée assumée de la remettre sur la route. Et des passionnés prêts à s’offrir ce morceau d’histoire revisité, il y en a. « Les amateurs existent, mais aujourd’hui s’offrir une véritable 250 GTO est presque impossible. La dernière s’est vendue 51 millions d’euros et une autre avait atteint près de 70 millions. Il faut évidemment avoir un portefeuille très bien garni », explique Christian Jupsin. « Cette voiture a marqué l’histoire de l’automobile par sa ligne et ses performances. C’est l’une des dernières voitures de l’époque des “gentlemen drivers”, ces pilotes amateurs qui roulaient la semaine avec leur voiture et faisaient des courses le week-end. Après cela, les voitures sont devenues trop performantes pour rester utilisables sur route. La 250 GTO est donc vraiment une voiture mythique, avec une histoire et un palmarès exceptionnels. »
Un projet né dans un atelier d’Amblève
L’aventure commence ici, il y a cinq ans. Dans cet atelier, on transforme d’abord des véhicules anciens : Mercedes, Austin Healey… puis, pour la première fois, une Ferrari. Les retours sont positifs, l’expérience grandit et l’idée d’un projet plus ambitieux s’impose peu à peu. La 250 GTO, dans sa version 2 de 1964, est alors revisitée à partir d’une base Ferrari 330.
Retrouver l’âme de l’originale
Chaque courbe, chaque galbe, chaque détail de carrosserie est reproduit avec une minutie extrême. Mais au-delà de la simple ressemblance, les artisans cherchent à retrouver l’âme de l’originale : ses petites imperfections, ses vibrations, ce caractère brut qui faisait toute sa personnalité. « La difficulté est de se rapprocher au maximum de l’original. Nous avons pu observer deux ou trois voitures authentiques, mais aucune n’était exactement identique. Finalement, nous avons choisi un modèle de 1964 comme référence et nous nous sommes basés sur ses dimensions pour construire la nôtre », explique Bjorn Arens, co-Fondateur AVD Revival.
Une expérience de conduite brute
Au volant, nous comprenons tout de suite que rien ne sera facile. Pas d’ABS, pas de direction assistée, pas d’anti-patinage : chaque geste compte. Le volant vibre, le châssis transmet tout, sans filtre.
Sous le capot, le V12 3 litres d’époque, issu d’une Ferrari 330 et retravaillé dans l’esprit de la GTO, impose sa voix et son tempérament. En quelques kilomètres, le dialogue s’installe. Brut. Direct. Intensément vivant. « Le moteur de la 330 est à l’origine un 4 litres, alors que celui de la 250 GTO est un 3 litres. Nous l’avons donc ramené à cette cylindrée. C’est un V12 avec douze carburateurs, comme à l’époque. Le châssis a aussi été raccourci de 21 centimètres afin de retrouver exactement l’empattement de la GTO originale. Tout le reste est reconstruit et reconditionné ici, dans notre atelier », précise encore Christian Jupsin.
Dix voitures pour faire revivre la légende
Aujourd’hui, un seul exemplaire est terminé. Le deuxième est déjà en préparation et la production restera volontairement limitée : dix voitures seulement verront le jour. « Le deuxième véhicule sera une version compétition avec une homologation FIA. Les démarches sont en cours. L’idée est d’avoir une voiture réellement utilisable sur circuit, car l’ADN d’un modèle comme celui-ci reste la course. Construire une version destinée au circuit a toujours été un objectif pour nous », explique Bjorn Arens.
Sous le soleil d’Amblève, la Revival s’élance pour ses premiers tours de roue. À chaque passage, les regards se retournent, les conversations s’interrompent, le V12 laisse derrière lui une traînée sonore qui suspend le temps. Bientôt, elle prendra la direction des plus grands festivals automobiles historiques, ces rendez-vous où se mêlent collectionneurs, pilotes et passionnés, là où l’histoire ne se raconte pas… elle se vit. Une façon, peut-être, de laisser la légende continuer à respirer sur l’asphalte — sans jamais exposer l’originale au moindre risque.
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