Réuni hier soir en conseil communal, le Collège d’Aubel a présenté l’avenir de son abattoir communal, pilier de la filière bovine du Pays de Herve. Une procédure de mise en concurrence est lancée pour assurer sa modernisation et sa pérennité.
Construit en 1959 et réaménagé en 1989, l’abattoir communal d’Aubel fait aujourd’hui face à des défis techniques et financiers considérables. Le masterplan réalisé au cours de l’année écoulée met en évidence des investissements lourds et urgents : modernisation de la chaîne d’abattage, remise à niveau des installations électriques, ainsi que le remplacement d’équipements devenus obsolètes, dont l’arracheuse de cuir.
« Le montant des travaux nécessaires est estimé entre 3 et 6 M€ dans les deux prochaines années, une charge difficilement supportable pour une commune d’environ 4 200 habitants. Avec près de 30 000 bovins abattus chaque année, l’outil figure pourtant parmi les plus importants de Wallonie » a indiqué l’échevin responsable de l’abattoir Benoît Dorthu (Aubel Demain) pour qui la question est désormais claire : comment garantir la pérennité d’un tel outil sans mettre en péril les finances communales ? Malgré certains investissements récents, tels que le nouveau palan ou le dispositif de shock killing, l’ampleur des rénovations à venir dépasse largement les capacités d’investissement de la commune. Par ailleurs, les contacts pris auprès de la Province de Liège et de la Région wallonne n’ont pas permis d’identifier de soutien financier structurel suffisant.
Deux scénarios pour l’avenir
Face à ce constat, la commune souhaite désormais s’appuyer sur un opérateur spécialisé capable d’assurer à la fois la continuité de l’activité et la modernisation du site. Deux scénarios sont envisagés : soit la cession complète de l’abattoir, soit une concession de services permettant l’exploitation du site sans transfert de propriété.
Dans les deux cas, la commune entend conserver un contrôle strict sur les missions essentielles de l’infrastructure. Le cahier des charges impose notamment le maintien de l’activité d’abattage pendant une durée minimale de quinze ans, ainsi que la garantie d’un accès au service pour les éleveurs locaux et les particuliers, dans une logique de soutien aux circuits courts et à la filière agricole régionale.
« Une attention particulière est également portée au personnel actuel, avec l’obligation de reprise intégrale des travailleurs et du maintien de leurs conditions d’emploi. C’est une mesure que nous jugeons essentielle pour assurer la continuité du savoir-faire et apaiser les inquiétudes du personnel, rencontré récemment », ajoute Benoît Dorthu.
Un appel ouvert à l’échelle européenne
En cas de vente, un prix plancher de 3 M€ a été fixé. Dans l’hypothèse d’une concession, celle-ci serait conclue pour une durée de quinze ans, renouvelable une fois, avec un modèle économique reposant sur un canon annuel indexé, complété par une redevance variable liée au nombre d’animaux abattus. L’objectif est d’attirer des candidats capables d’assurer les investissements nécessaires tout en maintenant l’activité sur le territoire.
L’échéance envisagée pour un éventuel transfert d’activité est fixée au 1er janvier 2027, selon les projections de l’échevin Benoît Dorthu.
Un choix politique et économique majeur
Du côté de l’opposition Aubel Citoyen, les réactions interrogent le timing de cette décision. Le conseiller Léon Stassen estime que la situation financière de l’abattoir était connue depuis plusieurs années et regrette l’absence d’un audit plus précoce. Il souligne toutefois que la reprise du personnel constitue un point positif et essentiel dans le dispositif présenté. « Que s’est-il passé entre 2018 et aujourd’hui pour en arriver là ? Depuis 2020, nous réclamions un audit. On l’a obtenu en 2026, trop tard pour faire marche arrière », déplore-t-il. « Mais nous félicitons la majorité d’avoir intégré la reprise du personnel parmi les conditions essentielles ».
Au-delà des aspects techniques et financiers, ce dossier marque un tournant pour la commune. Il s’agit désormais de déterminer comment préserver un outil économique majeur tout en assurant sa modernisation et sa viabilité à long terme, dans un contexte où les finances publiques locales atteignent leurs limites face à des infrastructures industrielles de cette envergure.
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