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"La chambre confinée" (13) : Axel de BOOSERE "la fugacité de notre existence sur terre"

 01 avril 2020 20:00  |   Spa


Acteur de formation, Axel de Booseré se tourne principalement vers la mise en scène. Ses spectacles itinérants réalisés avec Maggy Jacot ont rapidement rencontré le succès (Le Dragon, Éclats d’Harms Cabaret, Le Géant de Kaillass...). Après douze années à la direction artistique de la Compagnie Arsenic, il dirige depuis 2017 le Royal Festival de Spa tout en poursuivant son travail théâtral (Juke-Box Opéra, Alpenstock…). Et ce Royal Festival, il lui a donné une nouvelle force, toute en invention et en créativité. Comment un homme habitué à fouler les planches, courir les salles de spectacle, passer de côté cours à côté jardin peut-il vivre confiné ? Projet d’une réinvention temporaire, avec, comme figure tutélaire, Salman Rushdie et son Joseph Anton, entre Conrad et Tchékov…

-Axel de Booseré, comment vivez-vous cette période de confinement ?

Comme la plupart des Belges, en suivant au plus près les directives de celui-ci. Nous nous sentons privilégiés : nous sommes en famille, en bonne santé, rassemblés dans un logement spacieux. Et même si de nombreuses activités de ma compagne actrice, de ma fille, chanteuse et de son amoureux, musicien ont été annulées à cause de la crise actuelle, tout le monde garde le moral et tente de repositionner son activité à partir de la maison.

-Comment rythmez-vous le fil de vos journées ?

Chacun travaille de son côté pendant la journée. Nous nous croisons sans cesse mais échangeons peu. Le soir nous nous retrouvons autour du repas et avons instauré une question amusante : «et toi qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ?» et il s’avère que tout le monde a été actif dans son domaine.

-Vous étiez en pleine préparation du Royal Festival : qu’en est-il aujourd’hui ?

A cette époque de l’année, le Festival ne rassemble pas encore une équipe nombreuse. Je partage la responsabilité de la mise en place du Festival avec deux collaboratrices, Sarah Beaufays et Justine Donnay et notre directeur technique Mathieu Bastyns. Nous travaillons tous depuis chez nous, ce qui ne pose pas trop de problème puisque la programmation du Festival était clôturée quand le confinement a débuté. Nous sommes complètement mobilisés par la finalisation de cette organisation et nous nous adaptons au fur et à mesure des nouvelles qui nous parviennent.    

-Le Ministre de Crem a évoqué une annulation ou un report des festivals de l’été… ce sera le cas pour le Royal Festival ?

A ce stade, nous continuons d’espérer que le Festival puisse avoir lieu puisqu’il se déroule en août et qu’il ne rassemble pas des milliers de personnes au même endroit, mais il est possible que des aménagements soient nécessaires, ce que nous ne manquerons pas d’effectuer le cas échéant. Mais une autre question nous inquiète : si le Festival a lieu, le public craindra-t-il de rejoindre des salles de spectacles ou au contraire retrouvera-t-il rapidement ses habitudes culturelles ? Si les nombreux spectateurs du Royal Festival de Spa décidaient de ne pas être présents cette année, le festival se verrait fortement impacté par les conséquences indirectes de cette crise. 

-Le monde de la culture est terriblement impacté par la situation : comment réagit-il ?

Cette crise a frappé de plein fouet les manifestations qui devaient se dérouler actuellement. Quand on a travaillé pendant des mois, voire plus d’un an, pour préparer un spectacle ou un événement ponctuel, c’est particulièrement pénible. Elle a aussi des répercussions énormes sur les institutions culturelles, mais ceux qui sont le plus touchés sont les artistes qui voient disparaitre leurs activités, parfois sans pouvoir bénéficier de revenus de remplacement ; je pense tout particulièrement aux plus jeunes qui sont les plus touchés dans une profession globalement fragile. Il faut à tout le moins que soient mis en place des aménagements des réglementations concernant le statut de l’artiste et des mesures d’aides d’urgence pour les plus démunis.

-Que lisez-vous actuellement ?

Je lis essentiellement la presse, mais j’ai terminé hier Quarante-neuf têtes dans le miroir, un recueil de courts récits écrits par notre compatriote Paul Emond, une vraie respiration pleine d’intelligence, d’originalité et d’humour.

-Une époque comme celle-ci génère des peurs et des interrogations : quels sont les grands textes qui peuvent nous apporter des réponses aujourd’hui ?

L’œuvre qui m’a fait le plus de bien alors que je traversais des moments difficiles est une autobiographie de Salman Rushdie, Joseph Anton. L’auteur y raconte ses longues années de vie cachée pour échapper à la fatwa d’exécution lancée à son encontre par l’ayatollah Khomeini suite à la publication de son roman, Les versets sataniques. C’est un journal de bord très factuel, mais qui est traversé par une formidable force de vie.

-De votre fenêtre, que voyez-vous ?

Le mur d’une école primaire de quartier et la cour de récréation désertée de ses cris et ses rires. Et au-dessus un ciel bleu printanier qui dans son immuabilité nous renvoie avec douceur à la fugacité de notre présence sur cette terre.

-Est-ce que, à votre avis, les nouveaux modes de communication induits par cette crise se prolongeront par la suite ?

Allons-nous prendre la mesure de ce qui nous arrive ? Reverrons-nous notre façon de fonctionner, de consommer, de produire ? Irons-nous vers un monde où le bon sens l’emporte ? Je n’en sais rien. Je l’espère et j’en doute. Je n’en sais pas plus concernant les nouveaux modes de communication.

-Pour vous, l’épidémie, c’est….

…bon quand ça s’arrête.

-Ecrivez-vous ?

Non, je laisse l’écriture à ma compagne Mireille Bailly qui, après avoir écrit plusieurs pièces de théâtre, est maintenant plongée dans la finalisation d’un premier roman.

-Quels sont vos rites, en cette période ?

Habituellement, je suis quatre soirs par semaine dans une salle de spectacle. L’absence de spectacles à découvrir et le confinement me conduisent naturellement vers un autre de mes plaisirs pratiqué en amateur celui-là : la cuisine.

 

Propos suscités par Urbain Ortmans et diffusés le 1er avril 2020.

A revoir : https://www.vedia.be/www/video/culture/-l-album-axel-de-boosere-comedien-et-metteur-en-scene-diffuse-le-22-06-2015-_87074_138.html

 










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