À Maastricht, la TEFAF s’impose comme le rendez-vous incontournable des amateurs d’art du monde entier. Mais derrière les transactions prestigieuses, la foire joue aussi un rôle discret mais essentiel dans la sauvegarde du patrimoine.
Considéré comme le plus grand salon dédié aux beaux-arts, aux antiquités et au design, la TEFAF rassemble à Maastricht pendant une semaine près de 7 000 ans d'histoire de l'art sur une superficie équivalente à cinq terrains de football. On le sait peu, mais parallèlement à ce grand marché qui fait courir les collectionneurs publics et privés du monde entier, The European Fine Art Foundation agit en coulisses pour la préservation du patrimoine artistique et culturel grâce à des bourses octroyées à des institutions publiques pour la restauration d’œuvres remarquables.
Nous sommes une fondation à but non lucratif, précise Paul Van Den Biesen -Responsable des collections des musées - TEFAF. Ainsi, tous les bénéfices réalisés lors de la foire sont réinvestis dans celle-ci. Cela permet de financer des initiatives comme le fonds de restauration des musées où nous aidons les musées à restaurer leurs chefs-d’œuvre. Cette année, nous avons reçu plus de 80 candidatures et le choix s'est porté sur un incroyable tableau de Rubens appartenant au musée d'Anvers (KMSKA). Ce projet a été jugé le meilleur car il permet non seulement de rendre le tableau à nouveau visible pour le public dans les galeries — une restauration étant nécessaire — mais il apporte également un éclairage nouveau et intéressant sur la manière dont Rubens travaillait sur ses panneaux. On y découvre comment il collaborait avec son atelier et comment ses élèves travaillaient sur certaines parties de l'œuvre. Cela contribue donc à la recherche en histoire de l'art au-delà de l'objet lui-même.
Des galeristes belges entre tradition et modernité
Pour cette 39e édition, 276 marchands et galeristes issus de 24 pays se sont donné rendez-vous à Maastricht. Parmi eux, 27 sont Belges. Chez Sophie Van de Velde, on est marchand depuis trois générations déjà. Pour sa première participation à la TEFAF, la galerie anversoise a choisi de mélanger l'art moderne à l'art contemporain et de faire ainsi dialoguer des œuvres d'artistes belges comme James Ensor et Henri de Braekeleer avec celles d'un jeune peintre contemporain de 29 ans, Félix De Clerck. Toutes ces œuvres ont comme thématique les espaces privés et explorent, au sens propre comme au sens figuré, les intérieurs.
C'est nécessaire de mélanger des peintres anciens très importants avec un artiste très jeune, explique Sophie Van de Velde parce qu'on ne peut pas oublier l'histoire. Il y a beaucoup de choses pareilles, mais il y a aussi beaucoup de choses totalement différentes, et on peut attirer beaucoup de gens : les clients qui s'intéressent aux artistes contemporains, mais aussi ceux qui possèdent une collection historique très importante.
Des objets chargés d’histoires singulières
Chez le galeriste bruxellois Desmet, qui signe sa deuxième participation à la TEFAF, c'est un objet pour le moins insolite qui tient la vedette : un collier ayant appartenu au chien préféré du célèbre poète britannique Lord Byron, un personnage atypique qui a influencé toute la littérature européenne du XIXe siècle.
Byron - affirme le galeriste Tobias Desmet - c'était un collectionneur. C' était aristocrate. Il était cultivé. Il était érudit. C'était un monument de la littérature anglaise et c'était un poète phénoménal aussi. En plus de ça, c'était une superstar. Il s'est réveillé un matin après la publication de sa première œuvre et c'était une célébrité. C'est la première célébrité mondiale qui ait existé. Et son chien, Boatswain, car il aimait bien les animaux... mais ce chien spécifique est le plus important, et il dit lui-même que c'était le seul ami qu'il ait eu dans sa vie. Le chien a eu une grande influence sur tout ce qu'il a fait dans sa vie en tant que poète, mais aussi en tant que personne politiquement engagée.
Comme quoi, ce n'est pas toujours l'âge, la matière ou l'artiste qui donnent de la valeur à une pièce, c'est aussi l'histoire qu'elle nous raconte.
Sur le même sujet
Recommandations
Anne-Sophie et Marco Wohrmann sont les Verviétois de l'année 2025
Vincent Solheid transforme le bois en trophées pour les René du cinéma
"Ma culture et moi": quand les jeunes stavelotains questionnent leur identité
Quand un jeune demandeur d'asile parle aux jeunes
Val Hausman rend hommage à son père avec les élèves de l'école René Hausman
Stavelot: "De l'estampe au manga", le Japon artistique s'expose