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"La chambre confinée" (33) : Jean-Charles DELLA FAILLE "nuls, les experts à deux balles et les paniqueurs"

 07 mai 2020 19:26  |   Verviers


Jean-Charles della Faille a été publicitaire en Belgique pendant 20 ans. Passionné par son métier, il est vite devenu Directeur de création. Mais après une dizaine d’années, il a perdu pied. En 2004, à bout de forces et en perte de sens, on lui diagnostique alors un burn-out. Quand on a été amoureux de son job, il est difficile d’imaginer le quitter un jour, pourtant, c’est ce qu’il a fini par faire en 2013. Aujourd’hui, la mission de Jean-Charles della Faille est d’apporter du sens. Il vous aide à vous réinventer, à vous permettre d’être à votre juste place, mais aussi, à retrouver du plaisir et de la joie au quotidien. C’est un mentor et un conférencier reconnu. Il a réussi à se positionner en tant qu’expert et leader influent dans son domaine. 

-Jean-Charles della Faille, le fait d’être confiné, est-ce quelque chose d’inhabituel ou une forme de travail pour vous ?

Voilà déjà 7 ans que je travaille de chez moi. La seule différence pendant le confinement est que je ne me rends plus chez mes clients, nous nous retrouvons par vidéo-conférence. Mais, là encore, je le faisais déjà avec des clients étrangers (Canada, France) ou même parfois des clients qui habitent loin de chez moi en Belgique. Donc pas de gros changement. Je pense d’ailleurs que les organisations et les individus auraient intérêt à penser davantage au télétravail, tout le monde y gagnerait : moins de temps perdu dans les embouteillages, moins de stress et économie d’énergie.

-On a vu surgir, dans la presse et sur les réseaux sociaux, bon nombre de “spécialistes”, qui, dès les premiers jours, nous ont donné de nombreux "conseils" pour structurer nos journées de confinés. Où est encore la liberté ?

Par principe, je n’écoute que très rarement les "experts du dimanche". J’applique des bonnes vieilles règles de bon sens et je prête mon oreille uniquement à ceux qui me paraissent les plus posés, les moins dans l’agitation.

-Le confinement, c’est une autre perception du temps. Comment gérez-vous le vôtre ?

Je n’ai pas changé grand-chose à mes habitudes. Je me lève chaque jour à 7h, et je commence à travailler à 8h30. J’ai pas mal de réunions par vidéo-conférence avec mes clients et mes partenaires, et j’ai aussi beaucoup travaillé pour préparer l’après. Je suis résolument tourné vers les solutions, ce qui m’a permis d’ailleurs de ne jamais paniquer ou m’inquiéter.

-Vous expliquez dans votre livre “Vous êtes fantastique” que chacun peut se construire autour d’une valeur principale au service de laquelle il met ses compétences : la période est-elle propice à la réflexion personnelle sur ses propres valeurs ?

Oh que oui ! J’ai d’ailleurs partagé sur les réseaux sociaux des petites vidéos pour l’expliquer. C’est précisément parce que j’ai bien compris mes valeurs que j’ai pu avoir une vision claire sur l’après et rester serein. En effet, les valeurs c’est ce qui donne du sens. Et les deux sens du mot sens sont : signification et direction. Identifier la valeur principale qui vous anime vous indique une direction précise de ce que vous devez faire pour rayonner, sortir du lot le plus possible.

-Face à l’adversité, il y a la peur… elle est aujourd’hui très présente : on en fait quoi ?

Lorsque j’étais jeune, j’ai suivi un cours de conduite défensive. On y expliquait que lorsqu’on arrive trop vite face à un obstacle, sur une route verglacée par exemple, on a deux choix : se focaliser sur cet obstacle ou sur l’échappatoire (comme l’espace dans lequel on pourrait passer). La seule option pour s’en sortir, et elle n’est pas garantie, c’est de viser cet espace, même mince, dans lequel la voiture pourrait se faufiler. C’est ce que j’ai fait. Je n’ai pas regardé l’obstacle (mes conférences annulées, mes clients qui reportaient mes missions) ; je me suis focalisé sur la porte de sortie.

-Notre société, face à la pandémie, montre à la fois une grande énergie dans la lutte, mais aussi, ses limites… Echec personnel ou échec collectif… Processus d’apprentissage ?

Cette pandémie est inédite. Personnellement, j’ai vu plus d’initiatives positives et bienveillantes que d’échecs. Mais j’ai aussi eu la surprise de constater que parmi mes contacts sur les réseaux sociaux, il y avait des centaines d’experts, de politologues, de virologues, d’épidémiologistes, des médecins… Mais bon, peut-on leur en vouloir ? Je crois que cette crise est un merveilleux apprentissage et que chacun pourra/devra en tirer ses propres conclusions par rapport à sa manière de vivre.

-Pour vous, cette épidémie, c’est…

Une pause qui m’a permis de réfléchir encore davantage.

-Dans les moments de crise se révèlent les leaders inspirants… Vous les classez en différentes catégories : lesquelles ?

 Il y a 4 types d’inspirants :

  • les inspirants inclusifs comme Barack Obama : bienveillants, dédiés à leur cause, ouverts, reconnaissant leurs erreurs ;
  • les inspirants exclusifs comme Donald Trump : centrés sur eux-mêmes, rejetant ceux qui ne pensent pas comme eux, agissant comme des prédateurs ;
  • les inspirants à deux visages comme Nicolas Sarkozy : inclusifs en apparence, exclusifs vis-à-vis de tous ceux qui se dressent devant eux, dédiés à leur cause mais prêts à tout pour réussir, quitte à écraser ;
  • les pseudos inspirants comme Emmanuel Macron : de très bons communicants au départ, mais creux tels de beaux produits marketing qui ne tiennent pas sur la durée.

Pendant cette crise, il me semble que notre Première Ministre Sophie Wilmès a globalement inspiré de façon inclusive mais aussi parfois à la façon d’un inspirant à deux visages, notamment lorsqu’elle s’est montrée agacée par une question en conférence de presse. Le peuple étant tendu par la situation, elle a alors perdu pas mal de soutiens. Mais il faut toujours juger les leaders sur le long terme. Cela faisait longtemps qu’un homme ou une femme politique n’avait plus fait le job comme elle le fait aujourd’hui, confrontée à la pire crise depuis la seconde guerre mondiale.

-Qui sont aujourd’hui les leaders les plus solides ? 

Ceux alignés à leurs valeurs et inclusifs. Le meilleur exemple à mes yeux est la Première Ministre Néo-Zélandaise, Jacinda Ardern.

-Soi-même, au quotidien, dans une période comme celle-ci, on peut motiver les autres par l’exemple : de quelle manière ?

En privilégiant l’action positive à l’aigreur négative.

-Une de vos valeurs préférées, c’est la bienveillance ; peut-on saluer son retour ?

Le personnel hospitalier, celui des supermarchés, des pompes funèbres, tous ces gens qui ont fabriqué des masques ou lancé des mouvements de solidarité sont les véritables héros de cette crise. Des héros anonymes mais des héros quand même. Leur bienveillance est la preuve que l’humain a du cœur et sait se montrer altruiste. Certains m’ont vraiment touché.

-On entend tout le temps “Rien ne sera plus pareil !”. Or, au lendemain de la première guerre mondiale et de l’épidémie de grippe espagnole qui a suivi, commençaient dix années d’aveuglement, les “années folles” qui conduisaient à la crise de 1929… L’être humain est-il capable d’apprendre de ses échecs ou uniquement de ceux des générations précédentes ?

Je crois qu’une partie de la population va changer de vie, ne voudra plus du monde d’avant mais que ces gens seront minoritaires. Changer sa façon de vivre est un choix personnel avant tout et a plus de chance d’arriver si la décision a été mûrement réfléchie. Ici, nous avons dû nous adapter, d’un coup, et il me semble que beaucoup voudront rattraper le temps et l’argent perdus. Et la consommation va repartir comme avant. Malheureusement.

-C’est quoi, être inspirant ?

Avoir des valeurs bien ancrées et les incarner dans ses mots et ses actes.

-Un leader qui a été frappé par une épidémie : F.D. Roosevelt. Il vous inspire ? Si oui, en quoi ?

Rien que son nom fait apparaître dans ma tête des tas d’images, dont une des plus célèbres, celle de la conférence de Yalta. Les grands hommes inspirent parce qu’ils représentent aussi de grandes nations. Il est plus facile d’inspirer en étant le Président des Etats-Unis que le Premier Ministre du Luxembourg. Roosevelt m’inspire notamment parce qu’il a tenu les commandes jusqu’au bout, même dans la maladie. C’est le signe des grands leaders de savoir faire des sacrifices, parfois même le sacrifice ultime. Parce qu’ils vouent leur existence à une cause bien plus grande qu’eux.

-On utilise beaucoup le terme de “héros”, pour nos soignants : n’est-ce pas leur mettre une pression maximale alors que, précisément, ce sont leurs simples qualités humaines qui font la différence ?

Ce n’est pas moi qui vais dire le contraire puisque c’est le terme que je leur attribue plus haut. Oui, ce sont des héros. Certains ont d’ailleurs donné leur vie à leur cause : soigner, guérir. Il ne faudra pas oublier, quand tout sera rentré dans l’ordre, que c’est ce qu’ils font toute l’année depuis toujours.

-Qui a été nul, dans cette crise ?

Les experts à deux balles et les paniqueurs.

-Une citation pour illustrer notre époque ?

«Le monde est rempli de gens seuls qui ont peur de faire le premier pas.» Frank «Tony Lip» Vallelonga, personnage joué par Viggo Mortensen dans le film "Green Book".

 

Propos suscités par Urbain Ortmans et diffusés le 7 mai 2020. 

 

Livres

- "Vous êtes fantastique", édition l’Attitude des héros,                                                                         134 pages  https://www.lattitudedesheros.com/fr/catalog/vous-etes-fantastique-2e-edition~790a4ee1-4b30-4284-a561-bd52bd5343ff

- "Tout le monde peut être inspirant", édition Dunod, 224 pages -https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/tout-monde-peut-etre-inspirant-maximisez-votre-potentiel-d-inspiration

 










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