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"La chambre confinée" (27) : Anne-France WERY "nous avons le temps et vous avez les montres"

 23 avril 2020 16:40  |   Arrondissement de Verviers


Fondatrice de l’Hedo-Performance® "Je suis bien dans ma vie quand ma vie me fait du bien», le modèle  d’accompagnement d’Anne-France Wéry est génératif et évolutionniste. Depuis plus de 20 ans, elle intervient dans une multitude d’entreprises, passionnée par la révélation des talents dans une intelligence coopérative. Anne-France Wéry propose un accompagnement en profondeur. Inspirée par ses 20 ans de pratique, elle a fondé son école d’Hédo-Coaching en Belgique et à l’international en 2017 ; celle-ci allie la posture de coach à nos projets de vie. Conférencière, chroniqueuse, auteur du livre «En quête de sens et d’harmonie» édité chez Eyrolles et du jeu de développement personnel «QuiOui». Fondatrice d’un club APM en 2001, coach/formatrice à l’Université APM, elle nous livre ici sa vision du confinement. C’est «La chambre confinée», opus 27.

-Anne-France Wéry, beaucoup de gens sont logiquement secoués par cette période... comment prendre du recul ?

Oui c’est secouant : face à la vie avant tout, mais aussi émotionnellement, humainement, économiquement,… Les repères sont par terre.

Prendre du recul ? C’est à l’intérieur de soi que nous sommes invités à nous re-trouver.

Garder notre cap intérieur pour faire face à l’extérieur. J’encourage à prendre un temps d’intériorité chaque jour en concentrant notre attention sur notre respiration, en célébrant ce qui va bien, en nourrissant nos cercles d’énergies intérieurs (dits chakras).

Reculons d’un pas et tout s’élargira pour apprendre de nouvelles habitudes. C’est aussi dans l’observation, la curiosité, la créativité que nous pouvons élargir nos regards.

-Comment vivez-vous votre confinement ?

Je le vis dans la gratitude. Je ressens la générosité et la grâce d’être en Vie.

Je confine en famille, avec mon mari et nos trois enfants, jeunes adultes.

Nous savourons nos moments d’échanges.

J’ai la chance d’avoir un vrai socle d’Amour.

Dans mes activités, je me nourris de cette période pour mettre ma créativité sur le podium avec la solidarité et l’écoute à ses côtés.

J’essaie de semer de l’«humanitude» là où je peux.

Je suis en admiration de tout ce que dame nature nous offre comme tableau.

-Le confinement, c’est un changement dans notre rapport au temps et à l’espace...

Un proverbe africain disait : «nous avons le temps et vous avez des montres». Je le trouve si juste en cette période. Nous apprenons à vivre avec le temps de notre vie. C’est un cadeau magnifique pour donner rendez-vous à nos essentiels, à l’énergie du lien.

Un temps qui suspend son vol pour nous faire comprendre de ne pas se laisser voler par du superficiel, par le bruit assourdissant de la consommation. On se conjugue au présent et je trouve ce temps si précieux.

L’espace ? Les rues sont vides, nos maisons sont pleines. J’ai énormément de pensées pour celles et ceux qui souffrent de la promiscuité. D’un autre côté, j’ai confiance aussi que cette promiscuité puisse allumer de nouvelles lumières précieuses et bienfaitrices : l’authenticité, l’amour retrouvé parce qu’on se re-connaît, la patience qui surplombe la précipitation.

-Vous pratiquez "l’hédo-coaching". Présentez-moi cette discipline

Quand j’ai fondé mon cabinet de relations humaines il y a plus de 20 ans, j’ai fondé un label d’accompagnement que j’ai nommé : «l’Hédo-performance», un néologisme qui allie les deux termes de plaisir et de performance. Cette expression résume mon approche et sous-tend tous les itinéraires de sens que je propose, aux entreprises comme aux personnes en transition.

Une science du bien-être est en pleine émergence, là où le burn-out touche tant de collaborateurs qui ne l’ont pas vu venir. Le bonheur est une tendance forte mais combien de personnes le vivent- elles réellement dans leur travail et leur vie d’aujourd’hui ? Il y a tant de «marchands de bonheur» ! Or le bonheur ne se décrète pas !

Au-delà des différents formats d’accompagnements que je propose (séminaires, team-coaching, conférences, parcours de leadership,…), j’ai fondé mon école d’Hédo-coaching : https://pre-face.be/devenez-hedo-coach/parcours-1-la-posture-dhedo-coach-10-journees-de-formation/. Je propose un travail en profondeur qui consiste à ce que chacun se révèle dans qui il EST et non dans ce qu’il DOIT être.

Le mot coaching est très galvaudé aujourd’hui. Avec l’Hédo-coaching, je pars du postulat que le coaching n’est pas un métier mais une posture à mettre au service de nos projets de Vie.

Que ce soit au service d’un métier de relation d’aide, de manager, d’enseignant, ou pour traverser une transition de vie… Etre "Hédo-coach", c’est trouver sa singularité pour la faire rayonner. Le parcours complet peut amener ceux qui le souhaitent à être certifiés «Hédo-coachs».

L’Hédo-coaching a pour objectif d’utiliser tout le solfège des outils de coaching pour écrire notre propre partition dans l’Hédo-performance. C’est-à-dire en étant bien aligné dans 3 sphères :

  1. Moi avec moi : comment je fabrique ma sérénité ? comment je révèle mon potentiel, ? comment je mets mes limites ? comment je me fais confiance ?
  2. Moi avec les autres : comment je colore le monde qui m’entoure ? comment je crée du dialogue, de la confiance, de l’écoute ? comment je gère un conflit ?
  3. Moi dans mes systèmes : comment je me sens à ma juste place ? comment je me sens légitime ?

L’Hédo-coaching peut être illustré par ces trois citations :

- «Sois toi-même, les autres sont déjà pris»,

- «Celui qui sait écouter devient celui qu’on écoute»,

- «Il n’y a pas de plus bel excès que celui de la reconnaissance».

-J’ai été assez surpris (ou si peu...) de voir, sur les réseaux sociaux, dans la presse, arriver immédiatement de nombreux conseils sur le confinement, de la part de gens qui n’avaient jamais été confinés... Vous en pensez-quoi ?

Un conseil, à mes yeux, c’est comme la définition d’un pull : «un pull, c’est ce qu’une maman met à son enfant quand elle a froid.» On passe tant de temps à vouloir mettre des pulls aux autres ! Je ne suis pas à l’aise avec le mot conseil, même s’il se veut bienveillant bien sûr !

Durant cette période, je pense qu’il est très important de ne pas vouloir emmener les autres là où on trouve qu’ils devraient aller pour mieux traverser ce gouffre. La posture d’aller chercher l’autre là où il est, dans la réalité qu’il vit, dans les émotions qu’il a, les besoins,… me semble très importante !

L’écoute, l’observation, l’humilité ont une place de choix dans cette traversée.

-Est-ce qu’à conseiller de structurer ses journées, d’avoir un confinement productif, on ne culpabilise pas inutilement les gens ? Et la liberté, dans tout cela ?

Etre libre, c’est s’offrir le choix. Je pense que chacun pourrait compléter cette phrase avec ses propres mots : «j’aurais réussi mon confinement si…».

Les besoins de chacun sont si différents. Certains, pour être rassurés, doivent garder des repères, d’autres vont avoir besoin d’objectifs, certains de garder du rythme.

La culpabilité, c’est une énergie utilisée par notre égo, notre juge intérieur qui hurle parfois trop fort. Si nous nous mettons à l’écoute de notre âme, de notre cœur, notre liberté ne nous échappera pas et notre énergie sera mise au bon endroit.

Je voudrais remplacer le mot productif par un confinement qui a du sens : «si tu veux que les gens construisent un bateau, ne leur parle pas boulon, rivet ou planche, mais parle leur des océans que le bateau devra traverser et des mission qu’il remplira» disait Saint-Exupéry.

La tâche que chacun accomplit vaut plus qu’elle même quand elle a du sens. 

-Une période comme celle-ci génère des peurs : comment gère-t-on cela ?

Il est important de mettre des mots sur ses peurs, elles sont bien entendu totalement normales.

Derrière le mot peur, il y a une signification différente.

Derrière chacune des peurs identifiées, c’est un besoin à nourrir : sécurité financière ? santé ? sérénité ? harmonie ?

En nommant sa peur, on peut mieux comprendre ce dont il faut prendre soin et le nourrir ou se faire aider en en parlant.

Le piège, pour notre santé psychique, est de garder les peurs à l’intérieur de soi.

- Il y a des Verviétois qui pratiquent "l’hédo-coaching" : parlez-moi d’eux

Effectivement, plusieurs Verviétoises et Verviétois sont certifiés Hédo-Coachs.

Avec eux et d’autres membres de notre communauté d’Hédo-Coachs, nous avons souhaité entrer dans une démarche solidaire durant le confinement. Chacun a écrit sur notre site, en quelques lignes en quoi sa singularité d’écoute pourrait répondre aux multiples besoins : angoisse de solitude ? difficultés d’un confinement parental ? essoufflement ?

Vous trouverez sur ce site : https://pre-face.be/confinement/ chaque oreille avec sa singularité. Ce projet offre une palette de choix avec pour objectif de pouvoir traverser ce confinement avec sérénité, courage et confiance.

-Une épidémie, c’est...

Un vrai bouleversement qui interroge la hiérarchie des valeurs !

C’est être confronté à des questions de sens : «pourquoi je fais ce que je fais ?», «à quelle vie ai-je envie de dire oui ? A quelle vie vais-je tourner le dos ?».

C’est la première guerre mondiale pour la VIE.

-Que lisez-vous actuellement ?

Je lis de l’évasion, du léger, du développement personnel, des rêves, de la résilience, de la magie du verbe…

Je me nourris du formidable Sylvain Tesson, Marc Halévy, Sylvie Ouellet, Shakelton, Eric Chabot, Jean-Christophe Rufin, Joël Dicker,…

-Que voyez-vous de votre fenêtre ?

Je vois des mésanges entrer dans leur nichoir, chaque feuille, chaque fleur s’ouvrir de plus en plus, du soleil, un ciel pur. Le plus beau tableau que je n’avais jamais assez pris le temps de contempler jusque dans ses moindres détails. C’est splendide.

-On entend : "plus rien ne sera comme avant !"... Vraiment ? 

J’espère de tout mon cœur que tous les élans d’«humanitude» ne terniront pas leur image demain.

Le confinement a pris le temps de s’installer, ce qui a peut-être poussé chacun dans l’essentiel. Je croise les doigts que ce qui est semé soit cultivé.

J’espère aussi que le bon «avant» reviendra pour qu’on puisse se serrer dans les bras !

-Certains, en confinement, doivent lutter contre la solitude... comment procéder ?

Nous ne sommes pas faits pour être seuls quand ce n’est pas un choix.

Nous avons à trouver des chemins pour nous «désisoler», en demandant de l’aide.

Notre chaîne d’écoute solidaire lancée avec des Hédos-coachs est en grande partie là pour toutes ces personnes.

Je suis consciente qu’il faut parfois du courage pour appeler au secours : c’est le premier pas qui encouragera le second…

-Cette époque vous fait-elle penser à une autre époque ?

Je n’ai pas trop envie de comparer. Je préfère la vivre, la penser et la ressentir dans sa singularité. C’est inédit ! Je préfèrerais éviter de tomber dans des recettes toutes faites et continuer à inventer.

-Une personnalité, une figure dont s’inspirer actuellement ?

Ce que je trouve inspirant c’est l’anonymat.

Des milliers de héros se mobilisent dans l’anonymat. On ne cherche plus à être le héros pour les lauriers mais bien pour la Vie.

-Quand j’entends le terme confinement, je pense à "Il faut cultiver notre jardin". C’est quoi, cultiver son jardin ?

Cultiver son jardin, c’est mettre notre énergie au bon endroit. C’est pouvoir fleurir là où on est semé, dans notre sphère d’influence.

Cultiver son jardin, c’est aussi cultiver notre énergie intérieure pour faire face à l’extérieur par des moments juste avec soi.

-On apprend toujours de toute expérience... c’est quoi, apprendre ?

Churchill disait : «un adulte adore apprendre et déteste qu’on lui enseigne». C’est une belle définition de l’apprentissage. A mes yeux, apprendre c’est vivre les expériences avec un écran blanc, sans a priori, avec de l’audace, de la créativité, de la détermination, du courage, de la confiance. La curiosité me semble une vraie alliée.

-Un objet qui rend les jours de confinement plus simples ?

Des lunettes pour regarder d’un autre œil, pour admirer la nature, pour poser son regard sur l’autre.

-En confinement, on peut jouer, aussi... Jeu de go ou jeu d’échec ?

J’ai le plaisir d’avoir créé le jeu «QuiOui», un jeu de bien-être et de développement personnel. Chaque joueur repart avec sa feuille de route pour baliser ses projets, son objectif.

C’est un jeu qui permet de traduire nos quêtes en petits pas.

Il se joue en famille, pour soi, ou en équipe. https://pre-face.be/produit/jeu-de-developpement-personnel/

J’adore jouer !

 

Propos suscités par Urbain Ortmans et diffusés le 23 avril 2020. 

 










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