Notre région est toujours en situation d'extrême sécheresse et ce ne sont pas les faibles pluies annoncées qui vont changer la donne. L'état de nos rivières est préoccupant. Seul éclaircie : les réserves d'eau des barrages de la Gileppe et de la Vesdre.
Notre région reste confrontée à une situation d’extrême sécheresse. Les faibles précipitations annoncées ces prochains jours ne devraient pas inverser la tendance. Dans nos rivières, les débits sont particulièrement faibles : dans 95 % des cas, ils sont inférieurs à ceux habituellement observés à la même période. Face à cette situation, la Wallonie a pris plusieurs mesures : pêche, kayak, exploitation des centrales hydroélectriques et irrigation à partir des cours d’eau sont interdits. Les travaux menés dans la Vesdre et la Hoëgne ont également dû être suspendus. Et la situation pourrait encore se dégrader.
« On est très loin de ce dont on a besoin »
Les précipitations annoncées ce week-end et la semaine prochaine ne suffiront pas à combler le déficit.
« Les prévisions sont de moindre importance que ce qu'on espérait », constate Nicolas Yernaux, porte-parole du Service public de Wallonie. « On va avoir quelques millimètres de pluie ce week-end, encore quelques millimètres dans le courant de la semaine prochaine, mais on est très loin de ce dont on a besoin en termes de remplissage des nappes phréatiques, des barrages, etc.. »
Ces pluies pourraient toutefois avoir un effet limité sur le risque d'incendie.
Une biodiversité déjà sous pression
Dans les rivières du parc naturel des Hautes Fagnes, les conséquences sont visibles. Sammy Lejoly, chargé de mission au Contrat de Rivière Moselle, observe régulièrement l'évolution des cours d'eau.
« Les espèces indigènes, je pense au chabot, à la truite fario, au vairon qu'on trouve normalement ici, sont en train de vivoter dans les petites flaques qui restent encore », explique-t-il.
Et certains signes sont particulièrement inquiétants : « On commence à constater de la mortalité alors qu'on est pourtant ici normalement sur une des zones les plus préservées de Belgique, à savoir la Haute-Ardenne. Ça me fait peur de voir ce que je vois ici aujourd'hui. »
De nouvelles espèces qui en chassent d'autres
La baisse du niveau des eaux modifie également l'équilibre des espèces présentes dans les rivières. Le brochet, davantage habitué aux courants lents, fait ainsi son apparition dans certains secteurs, au détriment d'espèces typiques des petits cours d'eau, comme la truite fario. Un changement qui n'est pas sans conséquence sur l'ensemble de l'écosystème. « Chaque espèce a son rôle à jouer. Si une espèce disparaît, c'est en cascade. Ça va impacter le reste de la chaîne alimentaire », prévient Sammy Lejoly.
Eau potable : des réserves rassurantes
Certaines communes ont déjà pris des mesures. Trois-Ponts, Stoumont et Theux ont notamment imposé des restrictions concernant l'utilisation de l'eau potable. La situation n'est toutefois pas préoccupante du côté des barrages-réservoirs. « Les niveaux des barrages, en tout cas ceux de la Gileppe et de la Vesdre, sont conformes à la décrue saisonnière qu'ils sont logiquement censés connaître actuellement », rassure Nicolas Yernaux. Ces infrastructures disposent par ailleurs d'une marge de sécurité importante.
« Ils sont conçus pour résister à deux années sèches successives. En termes de réserve d'eau potable, les barrages sont donc effectivement une éclaircie dans la situation actuelle. La situation appelle néanmoins tout le monde à être le plus économe possible par rapport à l'eau. »
Retenir davantage l'eau pour mieux résister
Au-delà de la gestion de l'urgence, la sécheresse pose la question de l'adaptation de notre territoire aux épisodes extrêmes. Les travaux menés sur les berges de la Vesdre et de la Hoëgne visent notamment à rendre les cours d'eau plus résilients, aussi bien face aux inondations qu'aux périodes de sécheresse. Plantations, reméandration des cours d'eau et zones de préservation pour les poissons font partie des solutions envisagées.
Pour Sammy Lejoly, il faut augmenter la rétention d'eau sur l'ensemble du territoire et restaurer un maximum de zones humides. Un enjeu qui concerne directement la biodiversité, mais aussi notre capacité à disposer de suffisamment d'eau potable dans les années à venir.
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