Il y a des ces dossiers singulièrement ébouriffants qui aboutissent au tribunal correctionnel. Ainsi, celui d’un jeune habitant de la rue de Mangombroux à Verviers, qui a pris sa comparution avec une désinvolture incroyable.
Pas moins de six dossiers tous récents à charge de Ahmed (prénom d’emprunt), 27 ans, ont été ouverts devant le tribunal correctionnel, où il a comparu détenu. On passera sur les nombreux vols commis dans des grandes surfaces, un radio-réveil, une bouteille de Jack Daniels, du savon et des dentifrices, de l’after-shave etc. « J’ai volé d’autres choses sans me faire prendre » dit-il benoîtement. Et d’expliquer ces vols par son état de dénuement : « Mon allocation du CPAS ne me permettait pas de couvrir mes importantes dettes, notamment à l’égard de ma propriétaire « (qui n’est d’autre que sa propre mère, ndlr). Sans bien sûr déclarer ses besoins en stupéfiants et alcools « récréatifs », ce qu’il admettra plus tard. S’il reconnaît la plupart des vols, il nie avoir arraché un GSM des mains d’un passant à qui il avait demandé de l’aide soi-disant pour une urgence, ce qui constitue un vol avec violence. « Je ne m’en prends pas aux gens, juste aux grandes sociétés commerciales. Je n’ai jamais volé qu’un GSM à une terrasse. »
Une voisine terrifiée
Pas s’en prendre aux gens ? Ce n’est pas ce que dit Irène (nom d’emprunt) une voisine qui vivait sous sa terreur et qu’il harcelait pour récupérer une soi-disant dette de 200 euros. Celle-ci dit qu’elle vivait sous la menace, qu’Ahmed lui avait volé ses clefs et s’introduisant chez elle, mangeant et consommant chez elle. Il sonnait sans cesse, tapait sur les carreaux, en réclamant sa dette, ce qu’attestent des voisins. Il est allé jusqu’à déposer un couteau en guise de menace dans sa boîte aux lettres.
Une désinvolture qui interpelle
Un jour, ils en sont venus aux mains, Ahmed lui immobilisant les poignets, et la mordant cruellement jusqu’à occasionner une blessure à sang coulant, ce qui vaudra à Irène une incapacité de 14 jours, ce qui n’est pas rien !
Volubile, et avec une désinvolture qui avait interpellé la juge, il avait expliqué sa relation avec Irène. « On se fréquentait de manière festive, jusqu’au jour où on a eu juste une dispute à propos des 200 euros qu’elle me devait pour des fournitures de drogue. Je l’ai juste prise par les épaules pour la calmer », niant toute autre violence.
Quant aux couteaux dont on l’a trouvé porteur par trois fois, dont un à cran d’arrêt, il dira que c’était pour couper des ronces entourant des mûres à cueillir en bord de route. C’est d’un crédible !
Un récit quasi comique
« On l’écouterait pendant des heures, dans son récit quasi comique » note Me Paulina Dandenne, partie civile pour Irène. « Si ce n’est que celle-ci était une femme fragilisée, en dépression profonde, qui vivait dans la terreur d’Ahmed, au point d’apposer des verrous partout chez elle. Il parle la bouche en cœur de relation amicale, qui s’est entâchée par une petite dispute pour une dette par ailleurs imaginaire. Sans sembler prendre conscience du mal qu’il a fait à Irène. »
Même idée évidemment chez Mme Zegels, ministère public, qui évoque aussi sa relation soi-disant amicale avec Irène, alors qu’il la menaçait de tout casser chez elle. Elle avait réclamé un total de deux ans de prison. C’est pratiquement la peine prononcée par le tribunal correctionnel : 22 mois de prison ferme.
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