Longtemps oubliés, les vergers hautes-tiges pourraient retrouver une place de choix dans nos paysages. Dans le Pays de Herve, ces arbres d’hier deviennent des alliés précieux pour la biodiversité et l’agriculture de demain.
Le paysage, c’est aussi de l’histoire. Une histoire économique, mais aussi aujourd’hui une histoire climatique. Nos agriculteurs ont planté des arbres fruitiers dès le milieu du XIXe siècle : c’était ce qu’on appelait « la troisième vache », un revenu supplémentaire qui venait compléter l’élevage. Dans les années 50, les vergers hautes-tiges étaient encore très présents, avec des arbres plantés tous les dix mètres. « Il y a 50 ans, les vergers étaient principalement plantés pour la production de fruits. C’étaient souvent des vergers avec une plantation en dix mètres sur dix, c’est-à-dire dix mètres entre chaque arbre. On était alors dans un modèle de production fruitière assez structuré. Mais, pour différentes raisons – des problèmes de maladies, des difficultés économiques, des problèmes de débouchés ou encore de qualité des fruits – ce modèle a progressivement été remis en question. On a alors commencé à développer d’autres types de cultures, notamment les vergers basse-tige. L’idée était aussi de spécialiser davantage la production fruitière. On a vu apparaître des producteurs qui se consacraient uniquement aux fruits. À l’inverse, dans le Pays de Herve, les agriculteurs pratiquaient souvent une agriculture mixte : ils avaient des vergers, mais aussi des vaches, des cochons… À un moment donné, on leur a proposé des aides financières pour arracher leurs arbres et se consacrer uniquement à l’élevage. C’est ainsi qu’une partie importante des vergers hautes-tiges a progressivement disparu de nos paysages », explique Benoît Wyzen, responsable du service technico-économique Elenéo.
De la carte postale au défi climatique
Le temps a passé, les priorités aussi. Le souci de préserver l’environnement s’est construit par étapes : d’abord la volonté de conserver un paysage authentique, puis les préoccupations liées au climat. Les vergers hautes-tiges, longtemps délaissés, pourraient aujourd’hui retrouver une nouvelle place face à ces nouveaux enjeux.
« Quand on a une image du Pays de Herve, avec des vergers hautes-tiges où l’on retrouve des pommes et des poires, avec une vache en arrière-plan, c’est vrai qu’on a beaucoup véhiculé cette image de carte postale. Beaucoup de personnes étaient d’ailleurs nostalgiques de ce paysage. À côté de cet aspect patrimonial, il y a aussi évidemment une dimension liée à l’environnement et à la nature. On s’aperçoit finalement que le verger hautes-tiges a aussi des effets intéressants sur le plan agronomique, et certainement un rôle à jouer d’un point de vue environnemental et climatique. »
Des arbres pour rafraîchir les élevages de demain
Du côté d’Aubel, un exemple concret prend racine. Ce verger, planté il y a quelques années, devrait à terme offrir une protection naturelle au bétail lorsque les arbres auront grandi. Une initiative qui s’inscrit dans la même logique que la préservation des haies : recréer des espaces favorables à la biodiversité et mieux résister aux épisodes climatiques extrêmes. « On le voit bien aujourd’hui avec les périodes de sécheresse que l’on connaît : c’est assez chaud, assez difficile, assez sec. À l’avenir, avec des arbres hautes-tiges, on pourrait créer une forme de microclimat sur des parcelles comme celle-ci, qui fait deux hectares.
À un moment donné, lorsqu’on aura davantage de végétation, on aura aussi davantage de pousse d’herbe. Ce sera un peu comme une zone refuge où les animaux pourront venir se mettre à l’abri.
Les études montrent d’ailleurs que, sous des arbres hautes-tiges, on peut avoir des températures inférieures de cinq à huit degrés par rapport à un endroit exposé directement au soleil. Évidemment, il faut que le verger puisse se développer et qu’il bénéficie aussi de suffisamment de pluie. Mais si on commence aujourd’hui, on ne peut pas encore savoir exactement ce que cela donnera dans le futur », explique Michaël Gilliquet, agriculteur.
Le territoire est un être vivant qui réagit et s’adapte. Les contraintes du climat bouleversent nos manières de faire. Mais des initiatives, çà et là, prennent racine.
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