À Charneux, Jean-François Colla fête ses 50 ans et 38 ans de passion pour la coutellerie d’art. Ce week-end, il ouvre les portes de son atelier : forge, acier damassé et artisans venus de Belgique et d’ailleurs.
Le feu, le marteau, l’enclume… et près de 40 ans de passion. À Charneux, Jean-François Colla fait partie de ces artisans qui font vivre un savoir-faire autrefois florissant en Belgique, notamment dans les années 1930.
Dans son atelier, l’acier se chauffe, se façonne et se transforme. Couteaux sur mesure, pièces uniques ou créations inspirées de modèles anciens : ici, chaque lame a son histoire.
« J’aime encore bien le côté hybride, avec un acier ancien qui est retravaillé pour faire une pièce actuelle. Et on va le coupler, par exemple, avec de la fibre de carbone, des bois qui sont stabilisés ou des ivoires qui peuvent être remis en place. Donc, cette hybridation entre l’ancien et le moderne peut être très intéressante. »
l’ancien au service du moderne
Dans cet univers où chaque geste compte, Jean-François aime aussi mélanger les époques, les matières et les styles. Une manière de faire dialoguer le patrimoine avec la création contemporaine.
« J’aime beaucoup le vintage. Il y a donc beaucoup de machines anciennes qu’on déclasse dans pas mal d’entreprises et que je remets en état pour qu’elles soient fonctionnelles. Et j’espère qu’elles fonctionneront encore après moi. »
Ce week-end, sa forge sera exceptionnellement ouverte au public. Avec lui, plusieurs artisans venus de France, d’Allemagne et de Belgique viendront partager leurs techniques et leur passion.
Parmi eux, Tim Wagendorp. Coutelier, collectionneur et président d’une association qui œuvre à préserver et à transmettre ce patrimoine artisanal.
une tradition belge presque oubliée
Une transmission d’autant plus importante que le métier s’est considérablement raréfié. La fermeture récente de la Coutellerie Depireux à Gembloux en est l’un des symboles. Pourtant, la Belgique a longtemps été une terre reconnue pour sa coutellerie.
« En Belgique, il y avait des villes coutelières comme Gembloux ou Namur en Wallonie, Lier ou Aarschot en Flandre. À Namur, il y avait un centre spécialisé, un des plus importants d’Europe, avec des couteaux de luxe. Mais les gens ont oublié. Peut-être qu’il y a des pépites dans vos tiroirs ou dans votre grenier. Il y a des pièces de musée qui se cachent. Quand je fais des brocantes à Bruxelles, je peux parfois acquérir des pépites pour quelques euros. »
Aujourd’hui, une dizaine de personnes en Belgique vivent encore de la coutellerie. Une cinquantaine d’autres la pratiquent par passion.
Tim, lui, collectionne les couteaux, les fabrique et les restaure. Des milliers de pièces, patiemment réunies au fil des années.
des milliers de couteaux, des milliers d’histoires
« J’ai des milliers de couteaux à la maison. Des anciens, parfois tout cassés, ou des pièces modernes. Moi, ce n’est pas juste l’objet qui m’intéresse, mais l’histoire du couteau : son fabricant, celui qui l’a réalisé, mais aussi la manière dont il a été utilisé ou pas, réparé ou pas. Donc, c’est vraiment l’histoire qui m’intéresse. »
Du feu de la forge aux vitrines des collectionneurs, le couteau traverse les siècles sans perdre son pouvoir de fascination.
Un objet vieux de plusieurs milliers d’années, mais une passion toujours bien vivante.
À Charneux, ce week-end, Jean-François Colla ouvre les portes de son atelier. Pour faire entendre le marteau sur l’enclume… et montrer que la coutellerie n’a pas dit son dernier mot.
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