À trente mètres sous terre, le fort de Battice est une véritable ville souterraine. Aujourd'hui, ce patrimoine exceptionnel, toujours propriété de la Défense, se découvre lors de visites guidées.
Par ces journées de canicule, passer plus de deux heures à dix degrés sous terre a de quoi séduire. Mais au fort de Battice, la fraîcheur n'est qu'un bonus. À trente mètres sous terre, cette véritable ville souterraine déploie plus de trois kilomètres de galeries reliant les blocs de combat, les casernements et les installations techniques. Conçu pour vivre en totale autonomie, le fort pouvait permettre à sa garnison de résister pendant un mois en cas de siège. Une plongée dans l'histoire qui commence dès l'entrée de ce labyrinthe souterrain.
Une forteresse pensée pour survivre
« Le fort de Battice représente l'aboutissement de l'évolution des châteaux forts. Avec les progrès considérables de l'artillerie après la Première Guerre mondiale, il a fallu repenser entièrement les fortifications. Les installations essentielles à la vie des soldats ont été enfouies à trente mètres sous terre afin de permettre à la garnison de tenir jusqu'à un mois en totale autonomie », explique René Coune, président de l'ASBL Fort de Battice.
Construit entre 1934 et 1937, le fort de Battice a mobilisé jusqu'à 2 000 ouvriers pendant trois ans. Lorsque la guerre éclate, en mai 1940, certains aménagements ne sont pas encore totalement achevés. L'ouvrage est conçu pour permettre à sa garnison de vivre et de combattre en autonomie pendant un mois, à trente mètres sous terre. Ses canons pouvaient atteindre des objectifs situés jusqu'à 17 kilomètres. Ils bombardaient les grands axes de progression, les carrefours, les ponts, les chemins de fer et les concentrations de troupes ennemies, tout en appuyant les autres forts de la région de Liège. Il va résister héroïquement pendant plusieurs jours.
Douze jours face à l'armée allemande
« Lorsque l'Allemagne envahit la Belgique le 10 mai 1940, la garnison est encore plongée dans cette période d'attente que l'on a appelée la "drôle de guerre". Malgré une préparation incomplète, les hommes du fort vont résister avec leurs moyens durant une douzaine de jours face aux assauts allemands », poursuit René Coune.
Le destin tragique du commandant Bovy
Une anecdote illustre le destin du fort. Hospitalisé à Liège pour de graves problèmes cardiaques, le commandant du fort, le major Henri Bovy, refuse de rester à l'écart lorsque l'Allemagne envahit la Belgique. Il rejoint immédiatement ses hommes puis succombe rapidement à une crise cardiaque, devenant la première victime du fort.
« L'histoire du major Bovy illustre parfaitement l'esprit qui animait les défenseurs du fort. Malgré son état de santé, il a tenu à rejoindre sa garnison. Il en deviendra la première victime, un épisode qui reste profondément ancré dans la mémoire du site », conclut René Coune.
Pour rappel, cette visite a lieu les derniers samedis du mois à 13 h 30. De quoi la jumeler ensuite avec la découverte de la nouvelle tour panoramique située à quelques encablures.
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