C’était l’époque de gloire des roadsters, ces sportives découvrables dont l’Angleterre a fait une spécialité. Au cœur des années ’50 et aux premières heures des folles Sixties, pour tomber les filles, il fallait rouler en Austin Healey, en MG A, en Morgan Plus 4, voire, si la folie des grandeurs vous prenait, en Jaguar XK. La concurrence passait par la Posche 356, mais le phénomène est resté… so British !D’ailleurs, dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, c’est même noté dans le texte ! En sortant sa gamme TR, le groupe Standard Triumph n’a laissé place à aucune équivoque. Car TR, cela signifie tout simplement Triumph Roadster ! Une aventure débutée par un concept car que d’aucuns ont rebaptisé TR1, avant la sortie en 1953 de la TR2 et la naissance, deux petites années plus tard, de notre belle du jour : la TR3 !Au cœur de l’Angleterre des Fifties, on a tendance à commencer par regarder ce qui se fait chez le voisin. Lorsque le chef designer de Triumph Henry Webster imagine son Roadster, il a sous les yeux les courbes affolantes de la Jaguar XK120. Ce qui va forcément l’inspirer, avec pour résultat une petite auto à la bouille terriblement sympa, qui se voulait en outre accessible, puisque proposée à moins de 1000 livres Sterling.Signalons néanmoins qu’au moment de sortir sa TR, la Standard Motor Co avait tenté de racheter le constructeur Morgan, autre grand spécialiste des Roadster. L’affaire n’a pas pu se concrétiser, et Triumph s’est mis en tête de concurrencer les fameuses Plus 4 !Comme on allait pouvoir le constater tout au long de l’existence des TR2 et TR3, les Britons allaient aussi et surtout lorgner vers le Nouveau Monde pour écouler leurs petites sauvageonnes, les Etats-Unis d’Amérique étant clairement le marché cible !La Triumph TR3 : style et mécaniqueMais revenons à notre TR3 ! Qui est clairement une évolution de la TR2. Elle aurait d’ailleurs pu s’appeler TR2 Mk2, mais déjà à l’époque, il était important de jouer la carte de la nouveauté ! C’est donc la TR3 qui a fait son apparition, avant de devenir TR3A, puis TR3B, cette dernière se mêlant à la saga de la TR4.La TR3, c’est avant tout une ligne ! Avec des courbes affriolantes typiquement d’époque, des ailes qui n’appartiennent qu’à elle, un long capot et une bouille, traduisez calandre avant, aux phares renvoyés aux extrémités. En fait, il est impossible de confondre les TR2 et TR3 avec les autres roadsters de l’époque.Ajoutez un toit rigide mais souple, et des portes plutôt minimalistes et amovibles, un arrière plongeant et des feux arrière réduits, et vous obtenez une belle étude de style. Rehaussée d’un porte-bagage invitant à tailler la route et voir du paysage.Quant à l’habitacle, il est clairement dans le ton ! Ici aussi, c’est très… british, avec des compteurs aussi ronds que nombreux qui rappellent qu’une voiture de sport doit forcément ressembler à une voiture de course ! Le volant est grand et fin, ce qui ne va d’ailleurs pas sans provoquer l’une ou l’autre courbature au moment de prendre place dans l’habitacle de la TR3, ou de s’en extirper ! En un mot comme en cent, si vous avez une dégaine de basketteur, oubliez !Sous le capot, c’est le 4 cylindres de 2 litres, souvent devenu 2,2 litres, qui propose sa mélodie envoûtante et une puissance appréciable de près de 100 chevaux, doublée d’un couple intéressant. En fait les Triumph Roadster sont davantage taillées pour les petites routes, comme celles fréquentées lors de notre galop d’essai, que pour les autoroutes. C’est que le plaisir des sens, cela se vit en pleine campagne, au gré des virages, et non sur les rectilignes highways !Avec une vitesse de pointe de 170 km/h, la TR3 se veut bondissante. Le tout est parfaitement relayé par une boîte de vitesses dotée d’un overdrive qui multiplie les rapports de transmission. Un système mécanique assez courant au cœur des années ’50, néanmoins progressivement abandonné par les constructeurs…Une sportive qui a marqué son époqueQuant à l’utilisation de la TR3, elle est certes agréable… pour autant qu’on ne néglige pas deux aspects essentiels ! Les propriétaires de nos belles du jour se s’en cachent d’ailleurs pas : la direction est dure, et la boîte de vitesses… est dure aussi !Mais une fois la Triumph lancée, c’est roulez jeunesse ! En n’oubliant pas qu’on a affaire à une auto née au milieu des années ’50, dont la puissance de freinage est moins percutante que les modèles actuels. Entre tambours et disques, l'ensemble est efficace, mais d’époque.La sportivité de la Triumph se traduit par un comportement d’excellente facture, mais aussi par un caractère un peu dur côté suspensions. On sent l’influence de la compétition, et on se rappelle que le modèle a été engagé aux 24 Heures du Mans.Avec près de 75.000 exemplaires produits, toutes séries confondues, la TR3 a rencontré un franc succès. Essentiellement aux États-Unis, où ce qu’on a appelé la TR3B a en fait permis d’écouler les derniers stocks de TR3A, alors que la TR4 venait de faire son apparition. C’est en 1962 que notre valeureux roadster a tiré sa révérence, au terme de sept années de très bons services…