De Panqueau Le Gardir aux écrivains contemporains, Freddy Joris retrace quatre siècles d’écriture à Verviers. Un ouvrage inédit qui raconte l’histoire d’une ville et de son évolution à travers ses auteurs et leurs productions littéraires.
Il aura fallu plus de trois ans à l'historien Freddy Joris pour rassembler en un seul et copieux volume l'ensemble des auteurs nés à Verviers ayant un jour publié leurs écrits. La parution de cet ouvrage, intitulé Lettres verviétoises de 1633 à 2026 et préfacé par Jean-Marie Klinkenberg, est célébrée dignement par ces deux amoureux de la langue et du verbe.
Il y a quelque chose de tout à fait novateur dans la manière dont Freddy Joris a envisagé ce phénomène. Il ne s'agit pas d'une "littérature verviétoise" au même titre qu'il existerait une littérature américaine, mais d'une contribution verviétoise à la vie culturelle. Grâce à sa sensibilité d'historien, l'auteur met en lumière des courants et des phénomènes plutôt que de simplement faire se succéder des œuvres. Présenter Molière et Racine au XVIIe siècle relève de la critique littéraire, alors qu'il s'agit ici d'un récit de sociologie historique sans équivalent.
Le livre balaye quatre siècles de production littéraire et retrace l'évolution des sujets traités au fil du temps. Le plus ancien auteur verviétois répertorié à ce jour est un certain Pancrace Legardir, auteur d'écrits sur les querelles religieuses du XVIIe siècle.
Monsieur Panqueau Le Gardir a contribué à sa façon à la polémique entre catholiques et protestants qui battait son plein à l’époque - précise Freddy Joris. L’originalité réside dans le fait qu'à cette époque, seuls des religieux écrivaient dans ces débats, alors qu'il était échevin à Verviers, faisant de lui le premier laïque connu à participer à cette controverse. Le livre religieux est d'ailleurs resté majoritaire dans nos régions quasiment jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
L'ouvrage fait la part belle aux auteurs et autrices, tout en mettant en valeur les imprimeurs, éditeurs, libraires, sociétés littéraires, bibliothèques et lecteurs. À travers l'histoire du livre à Verviers, c'est toute l'évolution socio-économique de la cité elle-même qui se lit en filigrane.
Au XIXe et au début du XXe siècle, la ville est à son apogée, entretenant des contacts constants avec la capitale où les écrivains verviétois sont lus, poursuit l'auteur. En revanche, après les années 1950-1960, hormis quelques grands noms comme celui du préfacier, on ne parle plus du tout des écrivains verviétois. Cela s'explique peut-être par une baisse de niveau, mais surtout par une perte de contact avec l'endroit où se fait la politique culturelle.
Les livres reflètent la société dans laquelle ils naissent, et cet ouvrage rédigé avec la sensibilité et le souci du détail d'un historien du XXIe siècle ne fait pas exception. Loin d'être rébarbatif ennuyeux, il se lit comme un roman qui nous emmène à la découverte des lettres verviétoises d'hier et d'aujourd'hui.
Freddy Joris sera présent au Festival du livre et de la BD "Nouvelle page" qui se tient tout au long de ce we à l’Athénée Royal Thil Lorrain.
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